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Cimenterie : une réévaluation de l’investissement de la Caisse de dépôt serait normale

Le fait que la Caisse de dépôt et placement soupèse plusieurs possibilités, selon l'agence de presse Bloomberg, dont la vente de ses intérêts, totale ou partielle, n'est pas nécessairement de mauvais augure, selon le professeur titulaire au Département de Management de la Faculté des sciences de l'administration de l'Université Laval, Yan Cimon. N'empêche, cette nouvelle crée de l'incertitude chez les élus.

Le député de Bonaventure, Sylvain Roy, estime que la Caisse de dépôt devrait faire preuve de plus de transparence. La caisse contrôle 55 % de l'entreprise. Son investissement atteint près de 600 millions de dollars avec Investissement Québec.

« Est-ce que c'est parce qu'elle veut aller chercher ses profits? La Caisse est quand même le bas de laine des Québécois et elle se doit de générer des profits sur ses activités économiques. Donc est-ce qu'elle veut vendre ses billes pour ramasser une partie de ses profits? Est-ce qu'elle sent qu'elle va perdre de l'argent? Est-ce qu'elle a des pressions pour se départir de ses actions pour transférer ça à un compétiteur? On ne le sait pas. »

Pour sa part, le professeur Yan Cimon juge qu’il est normal que de telles organisations se posent des questions sur la valeur de leurs investissements.

Le professeur mentionne que plusieurs éléments peuvent jouer dans les décisions de la Caisse, dont la rentabilité et l’accès au marché américain.

Selon M. Cimon, considérant la perspective du risque par rapport au rendement, il y a plusieurs facteurs à considérer.

« Lorsqu’on regarde les marchés mondiaux du ciment, précise-t-il, la croissance est dans les pays émergents. En Amérique du Nord, il y a plus de fluctuations. En même temps, il y a de bonnes nouvelles sur le plan des éléments fondamentaux de l’économie, à la fois au Canada et aux États-Unis. »

Le professeur indique aussi que l’un des avantages concurrentiels dans ce domaine est l’accès aux réseaux de distribution. « La cimenterie nous a rassurés très tôt en nous montrant qu’elle avait accès à certains marchés américains qui pourraient être intéressants pour elle », rappelle-t-il.

« En revanche, ajoute-t-il, il reste qu’en raison des dépassements de coûts, il faudra se poser des questions sur la période que ça prendra pour assurer la rentabilité de cet investissement-là pour la Caisse et ses actionnaires. »

L’expert montre une autre possibilité : si la cimenterie avait une évaluation financièrement très intéressante au vu des sommes déjà investies, il se pourrait que la Caisse veuille céder une partie ou la totalité à d’autres investisseurs.

D’autres éléments peuvent aussi peser dans la balance, selon M. Cimon. « Si la cimenterie intéressait éventuellement un des grands joueurs mondiaux, ça pourrait avoir un effet de synergie très intéressant étant donné sa localisation et son accès à des marchés américains, nonobstant le fait que certaines compagnies n’étaient pas très contentes de voir arriver ce nouveau joueur.

Le défi sera donc de pénétrer ce marché avec la politique protectionniste Buy American Act, prévoit M. Cimon. Par contre, il mentionne que des organisations et municipalités qui ont des projets pourraient être très contentes d’avoir accès à du ciment d’excellente qualité, voire un peu moins cher comme dans le cas du ciment canadien.

« Il faudra voir comment tout ça pourra entrer en ligne de compte quand de grands projets se réaliseront au sud, mais aussi au Canada », dit-il.

Yan Cimon estime qu’il est normal que la Caisse ne souhaite pas commenter publiquement sa démarche. Selon lui, il est préférable pour elle d’attendre de savoir clairement quelles seront les options qu'elle aura à évaluer et lesquelles elle choisira éventuellement.

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