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Commerce canado-américain : « Il y a lieu de s’inquiéter », croit Jean Charest

L'ex-premier ministre du Québec Jean Charest estime qu'il faut prendre très au sérieux les velléités du président américain Donald Trump de remodeler les relations commerciales canado-américaines à coup de sanctions. Dernière menace en date lancée après le G7 : imposer des tarifs douaniers de 25 % sur les voitures importées, qui s'ajouteraient ainsi à ceux imposés sur l'acier et l'aluminium.

« Il faut s’inquiéter, car il a l’habitude de passer aux actes lorsqu’il fait des menaces. C’est ce que nous avons observé dans la dernière année », prévient Jean Charest, en entrevue à ICI RDI.

« Plus le temps avance et plus on constate chez M. Trump un instinct qui est opposé aux déficits et un instinct favorable au protectionnisme, mais on ne voit pas de plan », souligne l'ex-premier ministre.

« Je ne crois pas qu’il y ait de vision derrière cette espèce de réflexe inné chez M. Trump de vouloir élever des barrières », estime-t-il.

Gestion de l'offre

Jean Charest ne comprend pas que le président américain accorde une telle importance à l'enjeu de la gestion de l'offre dans le domaine agricole, puisqu’il serait facile, selon lui, de trouver des ententes.

« Il y aurait des compromis possibles, comme on a fait dans l’accord Canada-Europe avec une ouverture de marché ou avec le TPP [Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste], mais depuis les derniers jours, c’est devenu son obsession, souligne-t-il. Depuis un voyage qu’il a fait au Wisconsin, c’est sa marotte », explique Jean Charest.

Qui plus est, rappelle l’ex-premier ministre, le lobby agricole n’a jamais demandé à Washington son abolition.

En fait, certains fermiers américains soutiennent fermement le système canadien. Ils ne veulent pas éliminer cette gestion de l’offre, mais plutôt l’imiter.

« Oui, le Canada protège son marché avec ce qu’on appelle la gestion de l’offre et, à mon avis, on a raison de le protéger : ailleurs dans le monde, ils le font aussi », précise M. Charest. Mais « lorsqu’on arrive à la table et qu’ils nous disent que la gestion de l’offre, il faudrait se débarrasser de ça, la réponse canadienne est la suivante : "Parfait! On va aussi parler de vos subventions pour le sucre, le secteur laitier et tous les autres secteurs." Alors là, la conversation habituellement, elle est courte ».

L’ironie dans tout cela, souligne Jean Charest, c’est qu’en dépit des dommages qu’infligerait une guerre commerciale à l’économie canadienne, ce sont les consommateurs américains qui en feront le plus les frais en payant davantage pour toute une gamme de produits de consommation courante.

En attendant, il est primordial, selon Jean Charest, que tous les acteurs canadiens impliqués se mobilisent pour sensibiliser les intérêts américains qui seront affectés par ces barrières tarifaires.

« Les agriculteurs, les gens du secteur automobile, de l’énergie, les gouverneurs d’État » devront tous être sensibilisés, et ce, avant les élections américaines de mi-mandat, suggère Jean Charest.

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