Le Canada a raison de ne pas se laisser marcher sur les pieds : la classe politique albertaine a envoyé ce message de soutien clair à Ottawa après la reprise des tensions commerciales avec les États-Unis, même si certains secteurs économiques montrent des signes de nervosité.

Un texte de Laurent Pirot

« Nous soutenons l’approche du gouvernement fédéral au nom de l’équipe Canada », a déclaré la première ministre albertaine Rachel Notley dans un message sur Twitter lundi matin. Selon elle, il faut se mobiliser « pour les industries canadiennes contre des tarifs douaniers injustes ».

« Nous n’allons pas nous laisser bousculer », a ajouté son ministre du Développement économique et du Commerce Deron Bilous.

Le chef de l’opposition officielle, Jason Kenney, a lui aussi apporté son soutien à l’action du premier ministre Trudeau.

« C’est important d’avoir un premier ministre qui défend l’intérêt national économique », a salué le conservateur, qui ne perd pourtant pas une occasion de critiquer la décision de Justin Trudeau d’imposer une taxe sur le carbone ou son manque de fermeté dans le dossier de l’expansion du pipeline Trans Mountain.

L’Alberta est, comme les autres provinces, très dépendante des États-Unis : 85 % de ses exportations passent la frontière vers le sud et les deux tiers des investissements étrangers dans la province sont américains.

Malgré cette relation étroite, « nous sommes à l’abri pour l’instant », juge l'analyste de Cambridge Global Payments Sean Coakley, parce que les principales exportations albertaines ne sont pas celles montrées du doigt par l’administration Trump.

Le gaz naturel et le pétrole brut sont de loin les principales exportations albertaines et ne sont pas contestées par les Américains. Les produits agricoles que la province exporte ne sont pour la plupart pas soumis à la gestion de l’offre accusée par Washington de donner un avantage injuste aux producteurs canadiens.

Ces réalités ne rassurent qu’en partie les milieux économiques.

L’Association canadienne des producteurs pétroliers voit l’imposition de tarifs douaniers sur l’acier comme une menace. Que ce soit pour le forage, pour les installations de raffinage ou pour les tuyaux des pipelines, le secteur a besoin de beaucoup d’acier et pourrait voir ses coûts de production augmenter si des mesures tarifaires sont imposées sur ce secteur.

Les producteurs laitiers de l’Alberta s’alarment quant à eux de la critique américaine de la gestion de l’offre. « L’industrie laitière américaine veut avoir accès au marché canadien pour essayer de surmonter son problème de surproduction », croit l’association Alberta Milk dans un communiqué.