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Conflit du bois d’oeuvre : des usines plus fragiles que la dernière fois

Au moment où s'annonce un nouveau conflit sur les exportations canadiennes de bois d'oeuvre, l'industrie québécoise est dans l'ensemble plus fragile que lors de la dernière crise.

C’est le constat que fait Paul Saint-Laurent, directeur général du ministère de la Forêt pour le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie.

Une cinquantaine de personnes de l'industrie forestière matapédienne se sont déplacées mardi matin pour entendre M. Saint-Laurent qui était le conférencier invité de l’Association forestière bas-laurentienne.

Il est clair, selon lui, que la dernière crise du bois d’oeuvre a laissé des traces et que l’industrie bas-laurentienne en sort affaiblie.

L’entente de 2006 n’a pas été très avantageuse pour les industriels québécois. La crise financière de 2008 et l’effondrement du marché immobilier américain a aussi eu des conséquences. Ce n’est que depuis 2014 que la croissance américaine se fait sentir. La diminution du taux de change de la devise canadienne est venue donner un coup de pouce supplémentaire aux exportations.

Mais trop peu, trop tard. Les usines n’ont pas vraiment pu investir dans la modernisation et sont moins compétitives, par exemple, que les usines de la Colombie-Britannique.

De plus, le Québec est de plus encore très présent sur le marché du papier journal. Un marché en déclin, appelé à disparaître, souligne M. Saint-Laurent. C’est un problème pour les industriels qui craignent devoir composer avec un surplus de copeaux.

On rentre dans une grande période d’incertitude.

Paul Saint-Laurent, directeur général du ministère des Forêts pour le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie

Même si, dit-il, si le tout est contesté avec succès par le gouvernement canadien, les industriels doivent s’attendre à payer une taxe à l’exportation. Cette taxe pourrait être de l’ordre de 25 %, selon certains industriels.

Des surplus de copeauxPour Simon Roy, directeur général de la Coopérative forestière de la Matapédia, à moyen terme, l’industrie devra d’ailleurs affronter les deux défis, soit l’imposition de nouveaux tarifs douaniers et le surplus de copeaux.

On a peur que les copeaux soit la goutte qui fasse déborder le vase à travers toute cette conjoncture et cette situation. Le volume de copeaux au sol est en train d’augmenter et est quand même considérable.Ça pourrait faire en sorte de ralentir considérablement l’industrie du sciage au Québec.

Simon Roy, directeur général de la Coopérative forestière de la Matapédia

Les industriels sont donc à la recherche de débouchés pour ces résidus qui constituent 50 % de la biomasse forestière récupérée en forêt. « Que ce soit, dit M. Roy, des nouveaux marchés en développement sur le plan de l’innovation ou la consolidation des marchés actuels. »

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La Coopérative emploie 90 travailleurs et gère trois usines dont une usine de sciage, une usine de biomasse et une autre de seconde transformation. « Nous, on part de la souche à l’usine. On est aux premières loges. On va être parmi les premiers touchés par un ralentissement de l’industrie », commente M. Roy.

M. Roy admet qu’il est difficile pour le moment de prévoir ce qui se passera en forêt mais il est certain que les résultats des prochaines négociations aura un impact sur l’entreprise.

Même si 50 % du bois d’oeuvre québécois prend le chemin des États-Unis, le Québec ne fournit que 5 % de l’ensemble du volume de bois canadien qui part vers nos voisins du sud.

C’est pourtant une industrie importante pour plusieurs régions.

Ainsi au Bas-Saint-Laurent, 20 % de l’économie est liée au secteur forestier. C’est d’ailleurs la région périphérique qui s'en sort le mieux pour la transformation. L’industrie forestière fournit 42 % des emplois manufacturiers du Bas-Saint-Laurent.