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Conflit du bois d’oeuvre : Les tarifs américains coûtent 30 millions de dollars à Irving

J.D. Irving, l'une des plus importantes compagnies forestières canadiennes, a déboursé jusqu'ici 30 millions de dollars de plus pour exporter son bois d'oeuvre aux États-Unis depuis l'imposition par Washington de droits compensateurs et antidumping aux producteurs canadiens.

Un texte de Nicolas Steinbach

Ces droits qui, ensemble, s'élèvent à 9,92 % font mal à J.D. Irving.

Le plus important producteur de bois d’oeuvre du Nouveau-Brunswick a payé 30 millions de dollars de plus pour exporter son bois aux États-Unis depuis le début du conflit.

J.D. Irving prévoit que le total des tarifs qu'elle devra payer sera de 45 millions de dollars d’ici la fin de l’année.

« Les tarifs sont un coût additionnel significatif pour notre entreprise et ceci à un impact direct négatif sur notre compagnie », affirme Jérôme Pelletier, vice-président de la division scierie chez J.D. Irving.

Au lieu de refiler la facture à ses clients, l’entreprise a choisi d'absorber le surcoût, ce qui réduit ses profits.

Irving est propriétaire de 11 scieries au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et au Maine. Selon l’entreprise, les sommes additionnelles qu'elle doit payer ont un impact direct sur les projets d'entretien et d’expansion de ses installations.

« L’argent payé pour couvrir les tarifs de droits compensatoires et antidumping n’est malheureusement pas disponible pour des travaux de modernisation », affirme Jérôme Pelletier.

Le Nouveau-Brunswick est la seule province de l’Atlantique à ne pas avoir été épargnée par les droits compensateurs et antidumping.

Le conflit du bois d’oeuvre frappe l’ensemble de l’industrie néo-brunswickoise. À l’instar de J.D. Irving, les autres scieurs sont aussi contraints de payer plus cher pour exporter leur bois d’oeuvre aux États-Unis.

Les tarifs sont d'ailleurs plus élevés pour ces scieries de petite et moyenne taille qui sont soumis à des tarifs douaniers de 20,83 %, soit plus du double de ce qui est imposé à J.D. Irving.

Le prix du bois d’oeuvre à la hausse

Le prix du bois d’oeuvre a atteint des sommets en juin 2018... une hausse de plus de 25 % par rapport à janvier 2018, date de l'imposition des droits définitifs sur le bois d’oeuvre canadien.

J.D. Irving n’a pas voulu préciser l'impact de cette hausse des prix du bois d’oeuvre sur ses profits.

Forêt NB, l’association des producteurs de bois du Nouveau-Brunswick, convient de son côté que la hausse des prix et la santé des exportations compense dans une certaine mesure les tarifs douaniers imposés aux scieries néo-brunswickoises.

« Les prix des commodités, surtout le bois de sciage. c’est rendu à des niveaux presque historiques [...], donc ça, ç'a aidé beaucoup à diminuer l’impact des tarifs de 21 % sur les membres de Forêt NB », explique le directeur général de l'organisme, Mike Legere.

Mike Legere reconnaît cependant que les marges de profit des scieurs du Nouveau-Brunswick ont diminué depuis le début du conflit du bois d'oeuvre avec les États-Unis.

« Faut faire attention quand on dit qu'il n'y a pas d'impact, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'impact sur la ligne de profit des compagnies, ça il y a un impact définitivement. Au niveau de fermer le marché américain à des producteurs, non, on n'a pas vu cet effet à ce jour. Pas dans la grande majorité de nos usines. »

Forêt NB estimait à la fin de 2017 que l’ensemble de ses membres - J.D. Irving compris - avaient payé 31 millions de dollars en droits compensateurs et antidumping.