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Construction navale : des pressions en faveur du chantier d’Halifax

Des fonctionnaires qui supervisent le programme national de construction navale affirment, dans des documents internes, qu'ils ont subi des pressions pour que des travaux de réfection des frégates de la Marine canadienne soient confiés au chantier maritime d'Halifax.

Les notes de service et de synthèse obtenues par CBC grâce à la Loi d’accès à l’information lèvent le voile sur les tractations entre fonctionnaires, élus et représentants d'Irving Shipbuilding au sujet du programme de plusieurs milliards de dollars.

Irving Shipbuilding (le propriétaire du chantier d’Halifax) fait pression sur le gouvernement pour que des travaux d’entretien sur les navires de la classe Halifax [lui soient accordés] sans appel d’offres, affirme dans une des notes Marie LeMay, sous-ministre de Services publics et Approvisionnement Canada.

Les travaux en question avaient une valeur de 1,2 milliard de dollars.

Un intervalle de 18 mois

Le chantier d’Halifax construit actuellement des navires de patrouille de l’Arctique pour le gouvernement canadien et s’attaquera ensuite à un deuxième contrat d’envergure, celui du remplacement des frégates de la Marine canadienne.

Or il y aura un intervalle d’au moins 18 mois entre les deux contrats. En février 2017, des dirigeants d’Irving Shipbuilding se sont plaints publiquement de ce long délai qui risquait, selon eux, de leur faire perdre une partie de leur main-d'oeuvre spécialisée.

Un porte-parole d’Irving reconnaît que son entreprise n’a cessé de talonner le gouvernement fédéral pour obtenir des contrats qui permettront au chantier de rester actif.

Nos constructeurs de navires connaissent les frégates de classe Halifax mieux que quiconque, écrit-il, par courriel. Nos connaissances, notre expertise et la proximité de l’arsenal maritime d’Halifax sont autant d’atouts pour la Marine canadienne.

Un partage des contrats

D’après la Stratégie nationale de construction navale, toutefois, les contrats de réparation, d’entretien ou de remise à neuf des frégates doivent être partagés entre plusieurs chantiers maritimes au pays.

Les fonctionnaires fédéraux rappellent cet engagement du fédéral dans leurs messages à la ministre de Services publics et Approvisionnement Canada de l’époque, Judy Foote.

À la suite des pressions d’Irving Shipbuilding, Ottawa a tout de même estimé le coût de la période d’arrêt au chantier d’Halifax, entre les deux contrats. Il l’a établi à 350 millions de dollars.

Ottawa cherche une solution

L’actuelle ministre de Services publics et Approvisionnement Canada, Carla Qualtrough, a récemment déclaré lors d’une foire commerciale que le gouvernement fédéral tentait de trouver une solution.

« Notre but, c’est de garder les gens au travail, a-t-elle dit. Nous travaillons avec Irving pour trouver la meilleure façon d’y arriver. » L’une des solutions évoquées : la construction de navires de patrouille de l’Arctique additionnels au chantier d’Halifax.

Les tractations de coulisse entre Irving et le gouvernement fédéral démontrent la nécessité d’une révision de la stratégie nationale de construction navale, selon un expert de l’approvisionnement en défense, Dave Perry.

« Il faut s’en inquiéter, dit-il. Si on se fie au gouvernement, tout va à merveille. Mais si c’est le cas, pourquoi aurait-on besoin de mesures d’atténuation [au chantier d'Irving]? »

D'après des renseignements de Murray Brewster, CBC