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Couper en éducation... pour y investir ensuite et baisser les impôts?

Depuis deux ans, nous en avons parlé à plusieurs reprises ensemble. Et jeudi, nous assisterons à l'aboutissement du plan de match politico-budgétaire du gouvernement Couillard alors que le ministre des Finances Carlos Leitao déposera son troisième budget.

Gérald Fillion

Un texte de Gérald Fillion
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Ce que nous avons souvent souligné, c'est que les mesures d'austérité, que le gouvernement nomme rigueur, ont toujours pour objectif de permettre des baisses d'impôt. La Presse le confirme ce matin : la contribution santé sera progressivement abolie et le gouvernement entend procéder plus rapidement que prévu. Pourquoi? Parce que les coupes dans les dépenses ont été efficaces, rapides, soutenues. L'objectif du premier ministre Couillard est atteint.

Denis Lessard rappelle ce que disait Philippe Couillard la semaine dernière à l'Assemblée nationale : « Nous nous sommes donné la marge de manoeuvre nécessaire pour réinvestir dans les secteurs qui nous tiennent à coeur:  l'éducation, la santé et la réduction du fardeau fiscal des particuliers et des entreprises. » Le premier ministre a ainsi exprimé clairement ce qu'on savait depuis deux ans: on a coupé pour baisser vos impôts. C'est jeudi que ça commence, en route vers les élections d'octobre 2018.

Deux choses ici. D'abord, la « marge de manoeuvre » dont parle le premier ministre, ce sont les coupes dans les programmes du gouvernement, particulièrement en éducation depuis deux ans. Si le premier ministre avait voulu être totalement limpide, il aurait dit quelque chose comme : on a coupé pendant deux ans, on va recommencer à dépenser dans les deux prochaines années en vous disant qu'on baisse vos impôts.

Il est fort de café de considérer que l'éducation fait partie des secteurs « qui nous tiennent à coeur » dans les circonstances. Couper en éducation pour investir en éducation, expliquez-moi ce que ça veut dire? La hausse des dépenses en éducation en 2014-2015 a été de 1,6 % et la hausse de 2015-2016 a été de 0,2 %. C'est sous l'inflation. Et donc, dans la réalité, l'économiste Carlos Leitao pourrait mieux vous expliquer que moi que ça équivaut à une réduction de dépenses. Maintenant, on prévoit une hausse des dépenses de 3 % en 2016-2017 en éducation, la première vraie croissance des investissements dans LE secteur le plus névralgique de notre économie.

Et puis, deuxième point, dites-moi pourquoi il faut réduire les impôts? Depuis longtemps, on dit que le Québec doit réduire sa dette, la plus importante de toutes les provinces au Canada. Le gouvernement du Québec a-t-il, dans ce contexte, les moyens de réduire sa capacité fiscale? Peut-il véritablement, dans un monde de faible croissance économique, couper dans ses revenus? Pourquoi faire une telle chose? Pour stimuler l'économie? Peut-être, ce serait la bonne raison. Mais, est-ce vraiment l'intention du gouvernement? Ne voit-il pas au bout de la route l'année 2018 et l'élection générale qui s'en vient déjà?

La marge de manoeuvre est à Ottawa, pas à Québec. Le gouvernement fédéral possède l'une des situations financières les plus enviables du monde. Ottawa peut faire des déficits sans alourdir sa dette par rapport à son économie ou en ne la faisant grimper que très légèrement. À Québec, le défi, c'est certainement d'équilibrer le budget, nous y sommes. Mais, croire que nous avons le luxe d'une baisse d'impôts, c'est de bien mal faire comprendre aux Québécois l'état des finances publiques du Québec.

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