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Crise du recyclage : la recette du succès de Lévis

Alors que les centres de tri du Québec débordent et fonctionnent à perte, 100 % des matières recyclables trouvent preneur à Lévis. Comment peut-on expliquer cet exploit dans le contexte de la crise du recyclage?

Un texte de Marc-Antoine Lavoie

Jusqu’à l’automne dernier, 60 % des matières recyclables récupérées au Québec étaient exportées vers l’Asie. Or, la Chine qui est le plus grand importateur de papier recyclé a pratiquement fermé ses portes aux autres pays en resserrant ses critères de qualité.

« La Chine accepte maintenant des matières avec seulement 1 % de contamination ce qui est pratiquement impossible à faire dans des centres de tri automatisés », explique le directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets (FCQGED), Karel Ménard.

Pendant que les centres de tri n’arrivent plus à écouler les matières récupérées, la Société Via de Lévis réussit à vendre les quelque 50 000 tonnes de matières recyclables qui lui sont acheminées chaque année.

En investissant 3 millions de dollars à son centre de Lévis, l'entreprise d'économie sociale qui gère aussi les matières recyclables des MRC de Bellechasse, de la Nouvelle-Beauce et de plusieurs municipalités de la Côte-Nord, a réussi à améliorer la qualité de la matière à la sortie des chaînes de triage.

« En 2015, on a installé des lecteurs optiques sur les lignes de papier journal. Ça nous permet d’aller chercher une pureté très élevée dans le papier qui est trié », affirme Jean-Sébastien Daigle, le directeur général de la Société Via.

Ce niveau de qualité lui permet d’être l’un des rares centres de tri du Québec à compter parmi ses clients des papetières québécoises comme Cascade, Kruger et Bonolec. Ces papetières doivent généralement importer leurs matières d’autres pays pour obtenir du papier qui répond à leurs normes.

« Il faut que les matières récupérées soient le plus possible transformées ici pour qu’on cesse d’être dépendant des marchés internationaux », argumente M. Karel Ménard.

L’organisme enregistre tout de même un manque à gagner de 25 $ par tonne de papier journal récupérée. Le centre de tri réussit à limiter ses pertes en diversifiant ses marchés, notamment par la récupération du carton et du plastique.

Les principes avant les profits

Selon Karel Ménard, les bons résultats à Lévis s’expliquent aussi en partie par le fait que le centre de tri est administré par un organisme à but non lucratif.

« Leur mission, ce n’est pas de faire de l’argent rapidement au détriment de l’environnement, mais c’est véritablement de gérer un centre de tri », soutient-il.

Un partenariat avec la Ville de Lévis permet notamment à la Société Via de partager les risques financiers en période plus difficile.

« Lorsqu’il y a des problèmes, il y a des clauses qui permettent de s’asseoir pour que la Ville puisse venir en aide si nécessaire », affirme le chef du Service des matières résiduelles à la Ville de Lévis, Christian Paré.

Ce type de gestion oblige la Société Via à faire preuve de transparence avec la Ville. Un partage d’informations qui n’existe pas toujours quand le centre de tri est géré par une entreprise privée.

« Je pense que ce genre de modèle de la Société Via pourrait servir d’exemple pour mettre les bases d’un nouveau système de récupération au Québec », analyse Karel Ménard.

Confiance du citoyen

Politique zéro déchet, compostage; les efforts environnementaux de Lévis placent la municipalité parmi les plus proactives au Québec pour la gestion de ses matières résiduelles.

« Il y a beaucoup d’éléments qui font que les gens sont fiers de ce qu’on fait en environnement et ça se transmet au niveau de la population. Il y a un effet d’entraînement sur les gens qui sont peut-être plus résistants », se réjouit Christian Paré.

La Ville de Lévis consacre 1 % de son budget dans des efforts de communication pour éduquer la population sur les principes de récupération. « Dans toutes nos actions on pense à réduire nos déchets et on vise d’en éliminer le moins possible », ajoute Christian Paré.

Mais tous ces efforts seraient anéantis si les centres de tri ne réussissaient pas à revaloriser la matière récupérée par le citoyen. De là l'importance de trouver rapidement une solution à la crise du recyclage au Québec.

« Si on envoie une cargaison de papier récupéré à l’enfouissement, ça va avoir un impact dévastateur sur la confiance de la population. C’est ce qu’il faut à tout prix éviter », conclut Karel Ménard.