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Dans « économie sociale », il y a le mot « économie »!

Les préjugés sont tenaces. Face à l'argent, face à la richesse, face à celles et à ceux qui ont du succès, face à l'ambition, au pouvoir, à la réussite et j'en passe.

Gérald Fillion

Un texte de Gérald Fillion

Mais, d'autres préjugés sont tout aussi tenaces quand il est question d'entrepreneurs qui font le choix d'orienter leurs projets d'affaires sur d'autres valeurs que le profit. Les acteurs de l'économie sociale sont perçus parfois comme des rêveurs, des gens qui ne visent pas assez haut, des bénéficiaires de subventions, qui ne pourraient pas voir leur projet aboutir sans le soutien de l'État.

Pourtant, l'économie sociale au Québec donne de l'emploi à plus de 150 000 personnes. Son PIB, d'environ 35 milliards de dollars, représente 10 % de la production en dollars du Québec chaque année. Quantité de gens, qui ont de bonnes idées, qui veulent se créer un emploi et en donner à d'autres aussi, choisissent le modèle coopératif, mutualiste ou des organismes à but non lucratif (OBNL) pour se lancer en affaires et développer leur vision.

Si on met de côté les préjugés, le constat est simple : il y a des entreprises traditionnelles, qui cherchent le profit et la croissance avant tout. Et il y a des entreprises différentes, celles de l'économie sociale, qui cherchent à combler un besoin, à trouver une réponse à un enjeu social ou communautaire. Les deux peuvent coexister et se compléter.

Oui, des entreprises naissent pour faire grandir leurs revenus, leurs bénéfices, leurs richesses, au bénéfice d'actionnaires et d'employés. Et c'est très bien. Le défi que nous avons dans le cadre traditionnel des entreprises, c'est de mieux calibrer la répartition de la richesse pour réduire les inégalités et non pas pour les alimenter. C'est un défi majeur de notre époque surtout pour les entreprises qui sont en bourse, dont plusieurs offrent des rémunérations exceptionnellement élevées à leurs dirigeants, à coup de bonis et d'options.

Et, oui, il y a aussi des entreprises qui naissent du désir de faire du bien à sa communauté ou qui ont pour but de mettre en oeuvre une conviction profonde, celle d'aider son prochain. Les exemples sont nombreux : des travailleurs se regroupent pour sauver leur entreprise agricole, de jeunes entrepreneurs veulent faire respirer les espaces déprimés d'une ville et les investissent avec créativité, une designer lance une collection de mode de vêtements recyclés, ou encore une entreprise embauche des gens qui ont connu des difficultés personnelles et qui veulent revenir sur le marché du travail.

Des entreprises qui vivent longtemps

Quand je dis que les différents modèles d'entreprises doivent coexister, c'est parce que, dans la réalité, leur présence commune amène de la diversité et de la concurrence. Et le citoyen, qui cherche un bon prix ou qui veut faire un choix en harmonie avec ses valeurs, est gagnant.

Le modèle de la coopération ou de l'OBNL est réputé solide et stable. Les profits sont réinvestis dans les activités de la société et le taux de survie est impressionnant. Selon le gouvernement du Québec, 62 % des entreprises de l'économie sociale sont toujours en vie après cinq ans d'existence, contre 35 % pour les entreprises traditionnelles.

Ce modèle est soutenu par l'État, comme le sont les grandes entreprises et les secteurs névralgiques de l'économie, comme l'aéronautique, le jeu vidéo, l'agriculture, l'énergie ou le transport. Qu'on aime ça ou non, l'État joue un rôle capital dans le soutien au développement économique, chez nous comme ailleurs.

Les chiffres nous obligent à abandonner nos préjugés. L'économie sociale fait marcher des projets, des idées, de jeunes entrepreneurs qui se cherchent un présent et un avenir, dans des entreprises de créativité et d'innovation. Les coopératives, les mutuelles et les OBNL font partie, depuis longtemps et plus que jamais, de notre modèle économique. Parlons-en.

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