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Déchirer l'ALENA coûterait cher aux États-Unis aussi, dit Jean Chrétien

L'ex-président des États-Unis Bill Clinton a fait l'éloge de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) mercredi à Montréal, tout comme Jean Chrétien. L'ancien premier ministre a lancé que si Washington déchirait cette entente, elle allait coûter cher aux Canadiens comme aux Américains.

Les deux hommes prenaient part à une conversation portant sur les relations canado-américaines, dans un événement présenté par le Conseil des affaires canadiennes-américaines, au palais des congrès de la métropole.

Questionné sur un sujet chaud, soit si le Canada devait prendre au sérieux la menace de Donald Trump de déchirer l'accord, lors d'une brève mêlée de presse après l'événement, M. Chrétien est resté de marbre.

« Bah... Pas trop », juge-t-il.

Il a rappelé à quel point les économies des trois pays sont intégrées depuis l'entrée en vigueur de l'ALENA en 1994.

« Tu ne peux pas refaire une omelette », a dit de façon imagée l'ancien premier ministre canadien avec l'une de ses habituelles expressions colorées.

Lors de la conversation entre les deux ex-dirigeants, M. Clinton a fait valoir d'emblée que l'ALENA a eu un effet positif pour les économies des pays concernés ainsi que pour leurs liens politiques.

L'accord est sous les feux de la rampe, après que le président américain Donald Trump l'eut d'abord vertement critiqué. Il a menacé de le déchirer pour bien marquer son aversion, car il le juge défavorable aux États-Unis. Puis, il a déclenché un processus de renégociation.

Cet accord entre le Canada, les États-Unis et le Mexique était toutefois la bonne chose à faire à l'époque, a répété M. Clinton. Si l'impact de l'ALENA sur le nombre d'emplois a été modeste selon plusieurs études, il a été bénéfique sur leur qualité, a souligné l'ex-président.

Jean Chrétien est du même avis. Et il prévient que de le réduire en miettes serait néfaste.

« Il y a 35 États américains pour qui le plus gros client, c'est le Canada. Alors, ces gens-là sont inquiets. »

M. Chrétien ne s'inquiète pas trop des énormes réticences manifestées par les Américains envers le commerce avec le Canada, comme l'imposition récente de tarifs sur le bois d'oeuvre canadien et la création de droits compensatoires sur les avions C Series de Bombardier.

« Ces choses-là se règlent souvent à la dernière minute, alors il ne faut pas s'énerver plus qu'il faut », a dit le vétéran de la politique, qui a avoué préférer la discrétion en matière de négociation commerciale.

Le fédéralisme contre le tribalisme

Faisant miroiter les avantages du fédéralisme, l’ex-président américain a souligné qu'il met en place des systèmes permettant aux gens de coopérer « sans renoncer à leur identité ».

« Je crois que les gens du Québec ont fait une grande chose en décidant de rester [au sein du Canada] », a dit M. Clinton, fasciné par la question du référendum au Québec en 1995.

Insistant sur le fait que les questions d'identité sont maintenant plus cruciales que jamais, il a dit qu'il était important pour les peuples de conserver leur spécificité « sans nier l'humanité fondamentale des autres ». Il a ainsi dénoncé le tribalisme qu'il voit surgir partout dans le monde.

« Des groupes diversifiés prennent de meilleures décisions, a-t-il plaidé. Cela nous rend plus forts. »

« C'est l'être humain qui est important, a ajouté M. Chrétien. Pas la religion des gens ni la façon dont ils s'habillent. »

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