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Delta opte pour la C Series, un tournant pour Bombardier

Le transporteur aérien américain Delta Air Lines va acquérir au moins 75 appareils de la C Series de Bombardier Avions commerciaux et pourrait en acheter jusqu'à 125. C'est la plus importante commande pour l'entreprise québécoise à ce jour.

La commande ferme prévoit l'achat de 75 avions CS100 et une option pour 50 appareils de plus du même modèle. Bombardier évalue la valeur de la commande ferme à 7,1 milliards de dollars.

Mais, au-delà de l'argent, la commande du troisième transporteur au monde permet à Bombardier d'apparaître sur les écrans radars des transporteurs aériens de la planète.

« C'est un point tournant, et je dois admettre que le logo de Delta a de la gueule sur notre appareil », s'est félicité le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, en montrant l'avion, peint aux couleurs du transporteur américain, qui servait de décor à la conférence de presse tenue à Mirabel.

« Les décisions de Delta sont observées de très près et respectées par toute l'industrie aéronautique mondiale, a poursuivi M. Bellemare. L'industrie sait que Delta fait des choix judicieux et que c'est notre aéronef qui a été choisi. »

« C'est une validation de notre aéronef. Ça prouve que notre aéronef est le meilleur de sa catégorie et donc la C Series change la donne dans l'évolution de la qualité de l'aérodynamisme et de l'expérience passagers », s'est-il félicité.

Les passagers seront satisfaits, dit Delta

« La C Series est une avancée technologique remarquable et elle s'intègre très bien dans notre stratégie », a déclaré le chef de la direction de Delta Air Lines, Ed Bastien. Delta a pris une importante décision, en 2012, d'améliorer notre flotte. L'intégration de l'aéronef de 717 de Boeing a été un succès remarquable pour nous, mais aujourd'hui c'est un niveau encore plus élevé. »

M. Bastien souligne que « l'expérience client » offerte par la C Series sera supérieure « avec un coût d'exploitation beaucoup plus faible ». L'intégration des CS100 permettra à Delta de renforcer sa marge bénéficiaire et notre réputation grâce au service que nous offrirons, estime M. Bastien.

« L'équipe de Delta est tout aussi emballée par votre aéronef que Bombardier et nous sommes heureux de jouer un rôle important dans l'avenir de Bombardier », poursuit M. Bastien.

La C Series, un succès

« On peut dire définitivement que le programme de la C Series est un succès, affirme le professeur au Département de management et technologie de l'UQAM Mehran Ebrahimi. On atteint le seuil de rentabilité. »

Bombardier prévoit commencer à livrer ses avions à Delta, dont le siège social est situé à Atlanta, en Georgie, à compter de 2018.

Le carnet de commandes fermes de la C Series dépasse dorénavant les 300 appareils et assure à l'entreprise une période d'au moins cinq ans de production dans les usines de Bombardier de Mirabel et Saint-Laurent.

Les options contenues dans les contrats de commande pourraient porter le nombre d'appareils vendus à 800.

Le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, se réjouit de cette nouvelle commande qui permet à l'entreprise d'élargir ses horizons. La commande d'un transporteur aérien aussi prestigieux prouve, selon lui, la valeur des appareils de la C Series qu'il qualifie des plus performants de la catégorie des avions de 100 à 150 sièges.

Le professeur de l'UQAM abonde dans ce sens en estimant que la qualité de l'avion est le facteur qui s'est avéré déterminant dans la décision de Delta Air Lines.

« On a toujours [dit] que cet avion est extraordinaire, à la fine pointe de la technologie, explique-t-il. Quand le coût d'exploitation de l'avion est de 10 % à 15 % inférieur à ses concurrents les plus directs, et que vous avez 125 avions qui sont en circulation, cette différence, à la fin de l'année, se traduit par des économies importantes pour la compagnie. »

Le rebond du prix du baril de pétrole contribuera à attirer l'attention des transporteurs vers la C Series, selon M. Ebrahimi. « En plus, technologiquement parlant, cet avion à une espèce de multifonctionnalité, une espèce d'agilité d'opération, qui, pour toutes les compagnies qui veulent opérer des lignes régionales, est excellente », ajoute M. Ebrahimi.

Un effet d'entraînement anticipé

La commande de Delta pourrait avoir un effet d'entraînement sur les plus petits transporteurs.

« Il faut aussi garder à l'esprit que quand une des trois plus grandes compagnies au monde passe une commande aussi importante de votre avion, c'est un gage de confiance et de sécurité pour cet avion, poursuit M. Ebrahimi. C'est-à-dire que maintenant, il y a beaucoup plus de compagnies qui vont regarder la C Series différemment, et ça va les encourager à passer des commandes également ».

M. Ebrahimi souligne que le succès de Bombardier auprès de Delta Air Lines est d'autant plus significatif que Airbus et Boeing convoitaient ce contrat.
« Airbus et Boeing étaient très, très actifs pour avoir ce contrat, d'autant plus que ces compagnies avaient déjà des avions, des relations d'affaires avec Delta, poursuit-il.

Retards? Plutôt des délais normaux

Bombardier est toujours en discussion avec Air Canada avec qui elle a signé une lettre d'entente en prévision d'une commande ferme de 45 avions CS300. Cette lettre évoque également la possibilité d'un achat de 30 appareils supplémentaires. « On progresse très bien avec Air Canada [...] Au cours des prochaines semaines, on devrait conclure notre entente finale avec eux », a d'ailleurs précisé Alain Bellemare.

M. Ebrahimi est également indulgent envers les retards enregistrés par Bombardier dans le développement de la C Series. Il explique que ces délais sont normaux puisqu'il s'agit d'un appareil de nouvelle génération.

« C'est toujours comme ça » avec un appareil de nouvelle génération, explique-t-il. « C'est inhérent à la nature même de cette nature-là. Boeing 787 a été en retard de trois ans et demi par exemple. Ces nouvelles technologies sont très capricieuses ».

Le professeur Ebrahimi souligne qu'Airbus a vécu la même chose avec son A380. « On peut même dire que Bombardier a été un très bon élève en matière de gestion de risque » en comparaison, conclut-il.

Les premiers avions de la C Series entreront en service en juin prochain et ils voleront sous la bannière de Swiss International Air Lines.

La lumière au bout du tunnel

La commande de Delta est une bonne nouvelle pour les travailleurs de Bombardier mis à pied, se félicite le coordonnateur québécois de l'Association syndicat des machinistes et des travailleurs de l'aérospatiale.

« Ça ne veut pas dire que demain matin, les gens vont tous être rappelés, mais ils peuvent voir une lumière au bout du tunnel, les gens peuvent espérer être rappelés plus rapidement », se réjouit David Chartrand.

« Il y avait 2000 mises à pied qui avaient été annoncées progressivement. Ce que cela peut faire, c'est que ça ne les arrêtera pas tout de suite, mais ça peut ralentir le nombre de mises à pied, et ça peut rappeler les gens au travail plus rapidement ».

Un bémol à l'annonce

Tout comme l'avait fait Bombardier lors de l'annonce de la lettre d'entente signée avec Air Canada, la bonne nouvelle en cache une moins glorieuse. À l'époque, Bombardier avait noyé la mise à pied de 700 employés dans l'annonce de la promesse d'achat de 45 appareils de la C Series par le transporteur canadien.

Cette fois, la commande record de Delta relègue dans l'ombre des résultats financiers difficiles pour Bombardier qui continue d'enregistrer des pertes et de voir ses revenus diminuer.

De plus, Bombardier continue d'utiliser beaucoup de liquidités, et le programme de la C Series n'atteindra la rentabilité qu'en 2020.

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