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Démanteler « son » musée, une tâche bien ingrate pour Georgy Bouffard

L'historien matanais Georgy Bouffard doit se départir de dizaines et de dizaines d'objets et de meubles qui constituaient le trésor de la maison Horace-Bouffard. Celle-ci doit être vidée et mise en vente. Représentant l'histoire de sa famille, ce musée, qu'il a monté et dirigé à Matane, est situé en face de sa propre maison.

Un texte de Brigitte Dubé

« Le musée a accueilli 20 000 personnes en 20 ans, précise l’historien. Avec une baisse généralisée du nombre de visiteurs, j’ai dû me résigner à fermer l’an dernier. »

La maison date de 1896

Cette maison paysanne traditionnelle typique, qui date de 1896, était habitée par son grand-oncle. Elle est citée comme immeuble patrimonial dans le Répertoire du patrimoine culturel du Québec.

La maison était riche de toute l’histoire de la famille, mais aussi de celle des fermiers québécois d’il y a plus de 100 ans.

Sauvée de la démolition

Il explique que les derniers occupants de la maison l’ont abandonnée pour s’en construire une autre. « Ils voulaient la démolir, raconte-t-il, alors j’ai décidé de la sauver et on l’a déménagée en face de chez moi. C’était un projet de famille. On a formé l’Association des Bouffard du Cabaret pour gérer le musée. »

M. Bouffard y a donc installé divers meubles de famille. Il s’est livré inlassablement à des recherches pour amasser toutes sortes d’objets anciens, dont il doit se débarrasser aujourd’hui.

La maison des six mariages

La maison est située dans le rang des Bouffard, ce qui indique à quel point cette famille a été marquante à Matane. Mais, c’est son association avec la famille Durette qui l’a fait passer à l’histoire.

Horace Bouffard était le grand-oncle de Georgy Bouffard. Son mariage avec Azilda Durette faisait partie d’une suite de six mariages célébrés en 19 ans entre cinq frères et une sœur Bouffard et cinq sœurs et un frère Durette.

Georgy Bouffard a fait homologuer cet événement insolite dans le Livre des records Guiness en tant que plus grand nombre de mariages entre deux familles.

Il raconte que les deux familles étaient en contact par la force des choses, après un premier mariage.

« Les regards se croisaient sur le perron de l’église, raconte-t-il. Après le troisième mariage, celui de mon grand-père Elzéar, Cordélie, la première épousée, a voulu mettre fin à ça, parce que les gens disaient que c’était elle qui arrangeait ça, mais les mariages ont continué quand même! »

Trésors sauvés de la destruction

Parmi les trésors : un garde-manger ayant probablement appartenu au premier Bouffard arrivé dans la région en 1843.

« Également, il y a des meubles fabriqués par le père des six Durette, fait savoir M. Bouffard. Il était un excellent menuisier. J’en ai récupéré sept. »

Il a aussi mis la main sur trois meubles ayant appartenu à la famille Fraser qui habitait le manoir seigneurial au milieu des années 1800.

Dans une des chambres, on retrouve un lit très exigu. « Quelqu’un de la famille l’avait trouvé sur un tas de roche vers 1900, raconte-t-il. Ils l’ont utilisé quelques années et moi, je l’ai retrouvé à mon tour sur le fenil de la grange. Il est très ancien. »

Déception

Même si Georgy Bouffard dit comprendre que la conservation du patrimoine demande beaucoup d’argent et de temps, il n’en est pas moins déçu.

À son avis, la fermeture s’est faite dans l’indifférence. Il souligne aussi le fait que le magasin général, un autre musée situé à Petit-Matane, a subi le même sort.

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