Les aînés sont de plus en plus nombreux à être endettés et tous n'ont pas les moyens de faire face à leurs obligations, indique une nouvelle étude de l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS).

Un texte de Hugo Lavallée, correspondant parlementaire à Québec

Selon les données compilées par la chercheuse Ève-Lyne Couturier, les aînés sont plus nombreux qu'avant à contracter des dettes et les sommes qu'ils empruntent sont de plus en plus élevées.

« Entre 1999 et 2015, [leur dette moyenne] a connu une hausse en dollars constants de 76 %, passant d'un montant moyen d'environ 30 000 $ à près de 55 000 $, constate-t-elle. Cette situation est assez intenable pour les retraités qui ne peuvent diversifier leurs sources de revenus aussi facilement qu'une personne encore présente sur le marché du travail. »

De fait, c'est chez les aînés qu'on a observé la croissance la plus importante du nombre de faillites l'an dernier, note l'étude. En cinq ans, le nombre de personnes âgées de plus de 65 ans à faire faillite a bondi de 20 %.

L'IRIS constate aussi d'importantes disparités dans les revenus engrangés par les aînés, selon qu'ils aient accès ou non à un régime de retraite complémentaire offert par leur employeur.

Ceux qui doivent se contenter des prestations de la Sécurité de la vieillesse, du Régime de rentes du Québec (RRQ) ainsi que des crédits d'impôt de base reçoivent suffisamment d'argent pour combler leurs besoins élémentaires, mais pas nécessairement assez pour espérer vivre dans la dignité.

Les nouveaux instruments mis en place par le gouvernement québécois pour favoriser l'épargne-retraite s'avèrent insuffisants.

En 2014, Québec instituait le Régime volontaire d'épargne-retraite pour permettre aux travailleurs qui ne disposent pas d'un régime offert par l'employeur d'avoir accès à une rente. Or, trois ans plus tard, seuls 3,5 % de la population visée avait choisi d'adhérer à ce nouveau régime.

Afin de pallier la faiblesse des prestations qu'ils reçoivent, bien des retraités choisissent plutôt de demeurer actifs sur le marché du travail. Mais ironiquement, ce sont souvent aux retraités recevant déjà des prestations de régimes privés à qui l'on offre les postes les plus intéressants.

Ainsi, constate l'étude, « ce sont majoritairement les travailleuses et les travailleurs âgés ayant des diplômes postsecondaires qui se trouvent un emploi après la retraite ». Ces personnes sont aussi généralement celles qui sont le plus en santé.

L'étude souligne que la réforme du RRQ annoncée récemment visant à bonifier les prestations « est un pas dans la bonne direction » et se conclut par un appel à améliorer les politiques publiques de façon à garantir aux aînés un meilleur niveau de vie.

Québec se dit derrière les aînés

À Québec, la ministre responsable des Aînés, Francine Charbonneau, se dit préoccupée par la situation, mais pense qu’elle n’est tout de même pas catastrophique.

« Il faut aussi se dire qu’on a des aînés qui vieillissent bien et qui vieillissent longtemps, dit-elle. 95 % de nos aînés sont en santé et actifs ».

Mme Charbonneau indique que son gouvernement a beaucoup fait pour améliorer la situation des personnes âgées et qu’il compte continuer dans cette voie.

« Vous avez sûrement entendu parler de notre forum sur la maltraitance financière. Et on est en discussion pour un plan, que je vais vous soumettre bientôt, pour que les aînés habitent chez eux le plus longtemps possible », indique-t-elle.