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Des coûts exorbitants pour l'électricité en Ontario, qui varient selon les régions

En Ontario, des voisins avec des maisons semblables se retrouvent avec des factures d'électricité extrêmement différentes. Contrairement au monopole d'Hydro Québec, l'Ontario compte plus de 70 compagnies de distribution d'électricité. Un casse-tête géographique, qui cause des maux de tête politiques au gouvernement Wynne.

Un texte de Christian Noël

Danielle Knapp n’a que 9 ans, mais elle sait déjà quoi faire pour réduire sa consommation d’électricité. « J’éteins la lumière quand je n'en ai pas besoin et j’utilise le lave-vaisselle en soirée seulement, en dehors des heures de pointe, parce que ça coûte moins cher. »

Elle suit l’exemple de son père, Adam, pour qui la facture d’électricité est une préoccupation quotidienne. Durant l’été, sur l’heure du souper, les lumières sont éteintes. La cuisine se fait sur le barbecue le plus souvent possible.

« On ouvre les fenêtres la nuit et on les ferme durant la journée pour garder la maison au frais, dit Adam Knapp. On utilise le petit climatiseur portatif seulement durant les canicules. » Malgré tous ses efforts, la facture d'électricité d'Adam lui coûte jusqu'à 500 $ par mois.

Hydro One, la plus chère

Adam vit à Beachburg, dans l’Est ontarien. Sa maison est sur le territoire d’Hydro One. Mais dans la ville voisine, l’électricité provient de la compagnie locale Ottawa River Power Corporation (ORPC). « Ça me coûte trois fois plus cher que mon voisin qui vit à 10 minutes de route, parce que lui, il est branché sur ORPC, la compagnie locale », raconte Adam.

Hydro One n’a pas le monopole du marché ontarien. La province compte plus de 70 compagnies d'électricité différentes. Et donc autant de différences de tarifs, pour les frais de livraison et de distribution, qui varient notamment en fonction de la densité des régions. La compagnie de la couronne Hydro One, qui vient d'être en partie privatisée par le gouvernement ontarien, se retrouve en tête de lice des tarifs les plus coûteux.

Une grogne généralisée

Partout en Ontario, les prix de l’électricité sont sur toutes les lèvres. Les clients d’un casse-croûte local, célèbre pour ses shawarmas, en savent quelque chose. « J’ai des amis qui ont eu une facture de plus de 1000 $ par mois l'hiver, à cause du chauffage électrique », raconte Chantal. Parfois, les disparités sont telles que les gens qui vivent du côté ouest d’une rue paient leur électricité plus cher que leur voisin d’en face, du côté est.

Les citoyens essaient de réduire leur consommation, en changeant leurs appareils électroménagers et en achetant des ampoules DEL. « C’est un gros marché pour nous », confie un électricien local qui préfère garder l’anonymat.

Même la municipalité régionale de comté de Laurentian Valley vient de changer toutes ses lumières de rue pour des ampoules DEL, parce que sa facture avec Hydro One était devenue trop élevée.

Privatisation et rabais aux consommateurs

Hydro One indique que les frais de livraison servent notamment à remettre à jour des infrastructures vieillissantes, surtout dans les régions rurales. Mais Chantal demeure sceptique.

Des rabais, il y en a eu. Le propriétaire du casse-croûte à Shawarma, Fadi Diab, possède un restaurant à Petawawa, avec Hydro One et un à Pembroke, avec la compagnie locale ORPC.

Le gouvernement libéral de Kathleen Wynne a également promis des rabais de 25 % sur les factures des clients résidentiels. Mais selon le Bureau de la responsabilité financière (le vérificateur indépendant du budget ontarien), les économies promises seront temporaires et ne dureront que les 10 premières années seulement. Par la suite, les factures recommenceront à grimper parce que le gouvernement ne fait que reporter certains frais à plus tard. Chantal se demande quel est l'objectif véritable du gouvernement Wynne.

En Ontario, un électeur sur cinq affirme que le prix élevé de l'électricité sera le facteur déterminant lors du scrutin provincial, le 14 juin 2018.

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