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Des entreprises de l’Ontario boycottent les producteurs de tomates

Plus de la moitié des entreprises de transformation de la province ont annoncé qu’elles n’achèteraient plus de tomates ontariennes tant que le système actuel d’établissement des prix serait maintenu.

Elles estiment que ce système favorise les producteurs et met en péril la filière de la tomate en Ontario.

Un système dépassé

Selon le directeur général de l’Association des transformateurs de fruits et légumes de l’Ontario, Don Epp, l’industrie de la transformation de la tomate pourrait être deux fois plus importante qu’elle ne l’est en ce moment en Ontario si le système en place était modifié.

Il souhaiterait que les producteurs puissent fixer eux-mêmes leurs prix, sans l'entremise de leur fédération

Nous avons de l’eau, une bonne température, nous avons les fermiers. Tout ce dont nous avons besoin, c’est de travailler en meilleure coopération, les uns avec les autres.

Don Epp, directeur général de l'Association des transformateurs de fruits et légumes de l'Ontario

Cette opposition survient alors qu'en juin, la Commission de commercialisation des produits agricoles de l’Ontario avait recommandé de retirer à l’Association des maraîchers de l'Ontario le pouvoir d’établir les prix afin de permettre aux producteurs de tomates de négocier eux-mêmes leurs contrats avec les entreprises de transformation.

Une crise prévisible

Pour le professeur en distribution et politique alimentaires à l'Université Dalhousie, Sylvain Charlebois, cette situation n’a rien d’étonnant.

Il estime que le système actuel ne résulte pas d'une vision d’ensemble et ne permet pas à ses acteurs de répartir les risques ni de se donner les moyens de se développer.

Selon lui, le système est déstabilisé depuis plusieurs années, notamment depuis la fermeture de l’usine Heinz de Leamington en 2014.

Une révision s'impose donc.

C’est certain que les transformateurs veulent obtenir le meilleur prix possible pour demeurer compétitifs. C’est la survie du secteur qui est en jeu.

Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politique alimentaires à l'Université Dalhousie

M. Charlebois souligne par ailleurs que la fin de ce système pourrait permettre l’émergence de nouvelles entreprises dans ce secteur en Ontario. Leur mandat serait de développer des marchés pour les tomates ontariennes que ce soit au Canada ou ailleurs, comme cela a été le cas dans l'ouest du pays lorsque la Commission canadienne du blé a perdu son monopole en 2012.

La protection des emplois avant tout

C’est le gouvernement de l’Ontario qui avait mandaté la Commission de commercialisation des produits agricoles de l'Ontario pour l’élaboration d’une réglementation pour l’industrie de transformation des légumes.

Dans un communiqué, le ministre de l’Agriculture a indiqué que le gouvernement s'attendait à ce que ces modifications soient compatibles avec les besoins tant des producteurs que des transformateurs.

Nous espérons que ces changements contribueront aux objectifs généraux du gouvernement en matière de réglementation de la commercialisation et d'augmentation du nombre d'emplois dans le secteur agricole en Ontario.

Jeff Leal, ministre de l'Agriculture de l'Ontario

Le gouvernement a toutefois suspendu en août l'application de la mesure préconisée par la commission.

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