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Des entreprises sensibles à la santé mentale de leurs employés

La santé mentale au travail est devenue un problème de plus en plus inquiétant. Selon la Commission de la santé mentale du Canada, d'ici 25 ans, le coût engendré par les pertes de productivité liées à la maladie mentale atteindra 16 milliards de dollars par année. Devant un tel constat, des entreprises comme Starbucks Canada ont décidé d'agir.

Un texte de Maxime Bertrand

C'est une avancée unique qui vient de se produire chez Starbucks Canada. Désormais, les employés qui travaillent au moins 20 heures par semaine ont droit à 5000 $ par année pour des consultations en psychothérapie. C'est 12 fois plus qu'avant.

Selon la Commission de la santé mentale du Canada, c'est du jamais vu.

« On qualifie cette initiative d'historique puisque enfin un employeur investit et met à la disposition de ses employés les ressources nécessaires pour accéder aux services et aux employés dont ils ont besoin pour traiter les problèmes de santé mentale », soutient Michel Rodrigue, vice-président de la Commission de la santé mentale du Canada.

La spécialiste en psychologie du travail et des organisations Véronique Dagenais-Desmarais loue l'initiative, mais selon elle, trop souvent les entreprises se contentent d'intervenir une fois que le mal est présent. « Guérir c'est bien, mais prévenir c'est mieux », dit-elle.

« Est-ce qu'on peut travailler en amont, essayer d'identifier des causes dans l'environnement de travail qui, elles, vont avoir un impact aussi sur le bien-être du travailleur? [...] Il met des moyens financiers à la disposition des employés, mais ça demeure la responsabilité de l'employé de les utiliser. Alors que ce que j'aimerais voir, c'est des employeurs, et peut-être que Starbucks Canada le fait, mais qui vont regarder dans l'environnement de travail comment à la source on peut éliminer les déclencheurs de stress », plaide la psychologue.

Et c'est justement l'approche de SOPREMA, une entreprise qui se spécialise dans la fabrication de produits d'étanchéité pour la construction et le génie civil.

L'entreprise, qui a toujours préconisé l'importance des saines habitudes de vie, a fait un virage en 2012.

Les résultats d'un sondage auprès des employés l'ont incitée à intégrer la dimension santé mentale à ses activités.

« C'est vraiment là que c'est ressorti que oui, il y a une certaine détresse psychologique qui est ressentie, on a vraiment les graphiques. La détresse peut être élevée, la charge de travail est élevée, donc c'est là qu'on veut agir », affirme Mélissa Turcot, kinésiologue, responsable du comité Entreprise en santé.

La direction a multiplié les conférences sur l'estime de soi et le respect, et fait en sorte que les employés sachent que des ressources sont disponibles en tout temps.

Selon une enquête Ipsos Reid de 2012, les pertes en milieu de travail que l'on attribue à la maladie mentale s'élèvent à 20 milliards de dollars par année.

« Du côté des employeurs, c'est un plus haut taux d'absentéisme en raison de congés de maladie, des [coûts plus élevés liés à l']invalidité à court et à long terme et [une] productivité moindre », dit Michel Rodrigue.

Selon les experts, investir en santé mentale doit être une responsabilité partagée.