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Des milliers d’érables inexploités sur les terres de la Couronne

Est-ce qu'un érable entaillé a une plus grande valeur qu'un érable coupé? Le débat est complexe et les intervenants du milieu de la foresterie et du milieu acéricole sont confrontés à un débat sur l'utilisation de cette ressource. C'est aussi une question de culture en Ontario, qui a une longue histoire de coupe forestière.

Un texte de Frédéric Pepin et des infographies de Vincent Wallon

Une grande partie des érables non entaillés en Ontario se trouvent sur les terres de la Couronne et les acériculteurs de la province demandent d’y avoir accès.

Selon les statistiques rassemblées par l’Association des producteurs de sirop d’érable de l’Ontario (OMSPA), il y aurait en Ontario trois fois plus d’hectares de forêt où l’érable est en abondance comparativement au Québec.

L’association ontarienne blâme la province et dit qu’il y a une plus grande volonté politique au Québec et au Nouveau-Brunswick d'encourager la production de sirop d’érable. Le marché est en pleine croissance et a généré des ventes de 750 millions de dollars dans le monde en 2017.

Mais la ministre des Richesses naturelles et des Forêts de l’Ontario, Nathalie Des Rosiers, est catégorique : tout le monde a accès aux terres de la Couronne, pourvu qu'une demande en bonne et due forme est soumise et acceptée.

La ministre Des Rosiers ajoute qu’il faut aussi se demander si les projets sont compatibles avec la planification qui a été faite pour chaque forêt. Dans la mesure où les gens arrivent avec des propositions valables, elles sont certainement prises en considération, ajoute-t-elle.

Selon les chiffres du ministère, les parcelles de terre de la Couronne qui compte le plus grand nombre d’érables se situent dans les quatre régions suivantes : Algoma, Nipissing, French-Severn et Bancroft-Minden.

Manque de volonté des investisseurs ontariens?

Le professeur en foresterie au Collège Boréal, Marc Hébert, ne comprend pas pourquoi les acériculteurs ne sont pas plus présents sur les terres de la Couronne.

Ceux qui veulent entailler des érables sur ces terres doivent payer des droits annuels de 0,50 $ par chalumeau en plus d’un droit annuel pour une installation de traitement.

Le professeur Hébert ajoute toutefois que le gouvernement doit tenir en compte qu’entailler un arbre va avoir un impact négatif sur la valeur du bois. Une entaille laisse des cicatrices dans les arbres ce qui diminue sa valeur sur le marché de la foresterie. Quelle est la priorité, pour la province? Selon le professeur en politique agroalimentaire de l’Université Dalhousie, Sylvain Charlebois, ce sont les politiciens qui devront faire ce choix.

L’exemple américain

Aux États-Unis, les experts se sont déjà penchés sur cet enjeu : quelle est la meilleure utilisation à faire des terres de la Couronne et de ses ressources?

Le Vermont, New York et le Maine produisent de plus en plus de sirop d’érable et la production nationale américaine répond à 22 % de la demande mondiale.

Le directeur du programme de recherche sur l’érable de l’Université Cornell à Lake Placid dans l’État de New York, Joseph Orefice, assure que l'industrie de l'érable n'a pas à monopoliser la forêt.

Les statistiques démontrent un potentiel énorme pour l’Ontario. Mais les experts et les producteurs de sirop de la province s’entendent sur le fait que pour être exploités, les érables des terres de la Couronne doivent aussi être situés sur des terrains accessibles, propices à l’exploitation acéricole.

Les données démontrent de plus qu’une partie importante des érables non exploités en Ontario se situent sur des terrains privés.