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Des milliers de fermiers touchés par la crise du transport ferroviaire

Le transport des récoltes de grains au Canada est ralenti cette année et connaît ses plus grands retards depuis cinq ans, selon plusieurs représentants du secteur agricole. Cette situation nuit à la situation financière des fermiers ainsi qu'à la compétitivité des exportations canadiennes.

Bill Prybylski produit des milliers de boisseaux de grain dans sa ferme de Willowbrook, à environ deux heures de route au nord-est de Regina. Mais une grande partie de sa production est toujours entreposée ou chargée dans des camions, en attente d'être expédiée.

M. Prybylski est parmi les milliers de travailleurs agricoles au Canada touchés par la crise du transport ferroviaire.

Seulement 25 % des grains de Bill Prybylski ont été transportés cette saison. Il explique que normalement la moitié de ses récoltes auraient été expédiées à cette période de l’année.

« C’est frustrant », rapporte le producteur. « Nous savons que nous avons des responsabilités financières et la seule façon de les respecter, c’est en livrant le grain. Et, ça ne se fait pas. »

Il est dans l’attente d’un appel pour livrer sa production vers un élévateur à grain, afin qu’elle puisse être transportée par chemin de fer vers un port pour rejoindre ses clients internationaux.

Les agriculteurs s'impatientent

La Fédération canadienne de l'agriculture (FCA) a tenu une conférence de presse à Ottawa jeudi pour dénoncer les retards de livraison des grains par les sociétés ferroviaires et demander un plan pour régler les problèmes de transport.

La Fédération presse le Sénat d’adopter le projet de loi C-49 qui moderniserait la Loi sur les transports au Canada. Cette loi imposerait aux agriculteurs et aux compagnies ferroviaires des pénalités réciproques en cas de retard dans la livraison.

Transports Canada est en contact étroit avec le Canadien National (CN) et le Canadien Pacifique (CP) pour s’assurer que l’acheminement du grain se poursuive, selon l’attachée de presse Delphine Denis.

Les compagnies de chemin de fer ont prévu d’augmenter les effectifs de personnel pour garantir leurs capacités à long terme, a-t-elle informé.

Le CN et le CP mettent en cause les conditions météorologiques difficiles cet hiver, en plus d’une forte demande et d’une pénurie de wagons.

« C’est peut-être une mauvaise gestion de leur part, parce que les récoltes sont là », juge Bill Prybylski. « Ils savent que chaque année, ils doivent transporter une certaine quantité de grain, donc on s’attendrait à ce qu’ils prennent les mesures nécéssaires pour pouvoir faire leur travail. »

La compétitivité canadienne en péril

Des membres du secteur agricole espéraient, en vain, qu’Ottawa apporterait des pistes de solutions dans le budget fédéral dévoilé en début de semaine.

« Nous sommes dans une situation désastreuse », s’inquiète Wade Sobkowich, directeur général de la Western Grain Elevator Association. « Ce n’est pas du tout le système de transport que l’on envisageait pour notre pays. »

Selon lui, les retards de transport de cette année sont les plus longs des cinq dernières années.

« Notre réputation se dégrade chaque semaine », avertit Greg Northey, directeur des relations industrielles de Pulse Canada. « Si nous ne sommes pas vus comme un fournisseur fiable, nous perdons des clients. »

Ces clients pourraient se tourner vers d’autres compétiteurs, comme la Russie et les États-Unis, explique-t-il.

Le député fédéral conservateur de Saskatoon-Grassewood, Kevin Waugh, demande que le projet de loi C-49 soit retravaillé de telle sorte que la partie qui concerne le secteur agricole soit appliquée plus rapidement.

« Le projet de loi est trop gros », a dit Kevin Waugh à propos du projet de loi. « On doit se mettre à la tâche. »

Dans les conditions actuelles, le projet de loi ne sera pas adopté avant cet été. En attendant, Bill Prybylski tente de récupérer un peu d’argent.

Il a vendu du fourrage sur des marchés locaux, ainsi que du foin et ses veaux.

« C’est réellement troublant de savoir que chaque jour sera un combat », raconte le fermier. « Une fois que le grain pourra être déplacé à nouveau, nous pourrons régler certains comptes. »