Des chercheurs du ministère québécois des Forêts, de la Faune et des Parcs cherchent à résoudre une énigme qui se déroule au fond du lac Témiscouata. Ils veulent comprendre pourquoi le touladi, ou truite grise, ne parvient pas à se reproduire malgré l'abondance de poissons adultes.

Comme il l’a fait des milliers de fois depuis l’enfance, Louis-Olivier Lévesque détache la chaloupe et s’élance sur le lac Témiscouata. Toutefois, cette sortie automnale est bien différente des autres puisqu’il accompagne des chercheurs du ministère québécois des Forêts, de la Faune et des Parcs.

M. Lévesque, qui est président de l’Association chasse et pêche du Témiscouata, attendait cette visite depuis des années étant donné que les pêcheurs de la région s’interrogent sur la faible reproduction du touladi.

Le lac abrite des milliers de touladis, dont plus de la moitié sont en âge de se reproduire. Pourtant, ces poissons adultes donnent naissance à très peu de petits. Par conséquent, Québec doit ensemencer le lac de 13 000 touladis tous les deux ans pour assurer le maintien de l’espèce.

Si l’homme est obligé d’intervenir pour mettre du poisson, c’est qu’il y a un problème. Le lac ne se reproduit pas assez.

Louis-Olivier Lévesque, président de l’Association chasse et pêche du Témiscouata

Repérer les frayères

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs soupçonne que cette faible reproduction des touladis s’explique par un problème qui toucherait les frayères de l'espèce.

Une équipe du ministère a donc capturé 15 grands géniteurs puis a implanté un émetteur sous la peau de chaque poisson avant de les relâcher dans le lac. Les chercheurs pourront donc suivre les déplacements des touladis pour les cinq prochaines années et par conséquent repérer leurs frayères.

Le barrage en cause?

Plusieurs hypothèses sont étudiées par les chercheurs. Les frayères pourraient être peu nombreuses ou de mauvaise qualité en raison de l’ensablement.

Selon une autre hypothèse, les œufs pourraient être victimes du barrage d’Hydro-Québec, qui fait diminuer le niveau du lac d’un mètre et demi en hiver. « Le poisson va pondre ses œufs à l'automne, mais les œufs vont rester dans l'habitat tout l'hiver et les larves ne vont éclore qu'au printemps », précise Anne-Marie Pelletier, biologiste au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.

Si le niveau du lac est trop abaissé pendant l'hiver à cause de la demande en hydroélectricité, ça fait en sorte que les œufs peuvent être exondés, c'est-à-dire hors de l'eau, et ça crée des mortalités importantes.

Anne-Marie Pelletier, biologiste au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.

Situé à Dégelis, le barrage a été construit en 1930, puis acheté par Hydro-Québec en 1963. Il sert à régulariser l’apport d’eau pour des centrales hydroélectriques en aval de la rivière Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick.