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Des Québécois boycottent les États-Unis pour dénoncer l'administration Trump

De plus en plus de Québécois et de Canadiens boycottent les États-Unis et des produits américains, en signe de protestation aux politiques de l'administration Trump. Certains annulent même leurs vacances là-bas.

Un texte de Marie-Eve Cousineau, de l'émission Le 15-18

Pascal Brissette et sa conjointe devaient partir en voyage de noces à Chicago, début juillet, mais ils ont tout annulé il y a quelques jours.

« Nous avions réservé des chambres et une voiture, souligne Pascal Brissette. Il y a des pénalités : ça grève notre budget du quart, d’environ 1000 $. »

Tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium canadiens, volte-face de Donald Trump au G7 à Charlevoix, attaques contre le premier ministre Justin Trudeau, passe encore, dit Pascal Brissette.

« Ce sont des jeux politiques, des parades de géopolitique internationale. Mais à partir du moment où un gouvernement prend les enfants en otage — des enfants de migrants, des personnes déplacées qui sont parmi les plus pauvres et les plus vulnérables — et qu'il s'en sert comme d'un outil politique pour obtenir des concessions de la part du parti adverse, le gouvernement américain a atteint un point de non-retour. »

Privilégier les produits locaux

Depuis quelques semaines, un mouvement de boycottage contre les États-Unis et les produits américains émerge dans les médias sociaux. Des Québécois et des Canadiens disent changer de destination vacances et éviter les produits américains pour dénoncer les politiques de l’administration Trump, notamment la séparation d'enfants migrants de leurs parents.

À l’Intermarché Boyer, un supermarché sur le Plateau-Mont-Royal à Montréal, les clients entendent en boucle le message suivant : « Chers clients, chères clientes, afin de soutenir l’industrie canadienne de l’acier et de l’aluminium, taxée illégalement par l’administration Trump, nous vous encourageons à consommer local. Le Québec et le Canada vous offrent ce qu’il y a de meilleur. »

Le copropriétaire du grand magasin, Franck Hénot, incite sa clientèle à délaisser les produits alimentaires américains depuis le sommet du G7 à Charlevoix. Selon lui, la réaction est positive.

« On a vu beaucoup d'interactions en magasin, remarque-t-il. Des clients qui s'informent, qui demandent des produits équivalents, mais surtout dans les produits frais. Aussi, un sentiment d'appartenance de la part de nos employés, qui sont très fiers de cette initiative. »

Un boycottage réel ou virtuel?

Difficile de mesurer l’ampleur du mouvement de boycottage. Parmi les neuf agences de voyages contactées, une seule a dû annuler le voyage d’un client aux États-Unis pour ce motif. À Montréal, le propriétaire d’Aéroport Voyage, André Desmarais, ne note pas une baisse d’intérêt pour les États-Unis.

« Les gens, quand ils réservent par exemple pour Disney World, sont beaucoup plus sensibles au taux de change qu'à la taxation des produits de métaux, explique M. Desmarais. Bien entendu, on est à Montréal. Si j'étais à Chicoutimi où il y a plusieurs compagnies qui fabriquent du métal, peut-être que là, les gens sont beaucoup plus sensibles. »

Après l’élection de Donald Trump à la présidence, en novembre 2016, des Québécois et des Canadiens ont dit vouloir bouder les États-Unis. « Or, quand on regarde les statistiques officielles américaines, les Canadiens ont été plus nombreux à tous les mois, en 2017, à aller en voyage aux États-Unis », dit Paul Arseneault, titulaire de la Chaire de tourisme à l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal.

Les Canadiens arrivent en tête du palmarès des voyageurs étrangers aux États-Unis, mais leur poids dans l’industrie touristique américaine n’est pas si élevé.

« Aux États-Unis, le tourisme domestique est de loin le plus important, dit Paul Arseneault. On estime que 80 % de toutes les dépenses touristiques qui ont été comptabilisées aux États-Unis en 2017 ont été le fait d'Américains qui ont voyagé aux États-Unis. »

Le professeur en politique alimentaire à l’Université de Dalhousie, Sylvain Charlebois, rappelle que lors de la crise de la vache folle en 2003, les Canadiens ont été nombreux à manger du bœuf du Canada pour soutenir l’industrie bovine en crise. « Les ventes avaient augmenté pendant quelques mois, mais par après, on a vu les ventes diminuer et en fait, on a vu les ventes atteindre le même niveau qu'avant la crise », précise-t-il.