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Des travailleurs de Kings Landing dénoncent aussi le « trou noir »

Des travailleurs du village historique de Kings Landing, près de Fredericton, au Nouveau-Brunswick, disent connaître aussi le « trou noir » de l'assurance-emploi, comme un bon nombre de travailleurs saisonniers dans le nord de la province.

Le trou noir est la période creuse entre la fin des prestations d’assurance-emploi et le retour au travail saisonnier.

Stephen Henry exerce un emploi saisonnier au village historique. Il a épuisé ses prestations d’assurance-emploi le 16 février, soit plus de trois mois avant qu’il ne soit rappelé au travail.

Il a vu les manifestations de travailleurs saisonniers de la Péninsule acadienne contre le trou noir, explique-t-il, et il voulait que les gens sachent que 70 employés de Kings Landing connaissent la même situation.

Stephen Henry interprète un charpentier dans le village historique qui illustre la vie quotidienne au 19e siècle. Il dit se trouver maintenant dans le plus long trou noir depuis qu’il exerce cet emploi, c’est-à-dire depuis plus de 10 ans. Il n’aura aucun revenu avant la fin de mai.

Difficile de trouver du travail entre-temps

Il est difficile pour ces travailleurs de trouver un autre emploi pendant le trou noir, selon Claude Gosselin, qui vit la même situation que M. Henry.

« Si je vais vous voir pour postuler à un emploi que vous offrez et que je vous dis que je suis seulement disponible d’ici la fin de mai, allez-vous m’embaucher? » explique M. Gosselin.

Claude Gosselin ne compte jusqu’à présent que son expérience de travail à Kings Landing et dans une scierie. Il dit n’avoir aucune autre formation et qu’il est difficile pour lui de trouver de l’emploi ailleurs.

Le nombre de semaines durant lesquelles les travailleurs au chômage sont admissibles à l’assurance-emploi est déterminé d’après l’endroit où ils vivent et s'inscrivent au programme.

Claude Gosselin et Stephen Henry résident dans une région où le taux de chômage était de 7,7 % en octobre. Lorsque le taux diminue, le nombre de semaines de prestations diminue aussi, parce que l’on estime qu’il est plus facile de trouver du travail.

Claude Gosselin dit avoir vu diminuer chaque année le nombre de semaines de prestations auxquelles il est admissible. Il était question de 28 semaines il y a trois ans, et de 17 semaines l’an dernier.

Prestations basées sur le marché de l’emploi

En matière d’assurance-emploi, le Nouveau-Brunswick est divisé en trois régions économiques. Le taux de chômage dans ces régions est constamment révisé.

Les travailleurs de la région économique de Fredericton-Moncton-Saint-Jean qui ont fait une demande d’assurance-emploi en octobre 2017, quand le taux de chômage était de 6,2 %, avaient droit à 17 semaines de prestations.

Les travailleurs de la région économique de Madawaska-Charlotte, où le taux de chômage était de 7,7 % au même moment, pouvaient toucher des prestations pendant 19 semaines.

Quant aux travailleurs de la région de Restigouche-Albert, où le taux de chômage était de 11,8 %, ils avaient droit à 27 semaines de prestations.

La théorie voulant que les travailleurs saisonniers trouvent plus facilement un autre emploi lorsque le taux de chômage est faible ne tient pas nécessairement la route en pratique, selon l’économiste Samuel LeBreton. Les employeurs ne vont pas les embaucher pour seulement six semaines en attendant la reprise de leur emploi saisonnier, explique-t-il.

Députés à la recherche d’une solution

Le député libéral provincial de Shippagan-Lamèque-Miscou, Wilfred Roussel, a déposé une motion en Chambre, la semaine dernière, contre le trou noir. La motion « exhorte le gouvernement fédéral à modifier les dispositions relatives à l’admissibilité au programme d’assurance-emploi afin de corriger la situation difficile qui pèse sur les travailleurs saisonniers ».

Le député fédéral libéral d’Acadie-Bathurst, Serge Cormier, a déclaré à la fin de janvier que son gouvernement allait régler le problème, mais que cela prendrait du temps.

La députée fédérale de Nouveau-Brunswick-Sud-Ouest et présidente du caucus libéral, Karen Ludwig, affirme que les 10 députés libéraux de la province prennent le sujet au sérieux et travaillent en vue de trouver une solution.

Le gouvernement fédéral compte réviser sa politique sur l’assurance-emploi vers la fin de l’année. Les députés du Nouveau-Brunswick exerceront une pression pour que l’on tienne compte des travailleurs saisonniers, souligne Karen Ludwig.

Avec des informations de Catherine Harrop, de CBC

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