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Disparition de guichets automatiques : Desjardins « ne laisse pas tomber les régions »

Le président et chef de la direction du Mouvement Desjardins, Guy Cormier, a défendu lundi en commission parlementaire à Québec la décision de réduire le nombre de guichets automatiques et de points de service de l'institution financière en région.

Dans un discours passionné, il a exposé sa vision de la diminution de services financiers en région avec, en appui, le document intitulé « L’accessibilité aux services financiers de proximité en région » qui a été déposé devant la Commission de l’aménagement du territoire.

Entre 2001 et 2017, près de 800 guichets automatiques Desjardins ont disparu du paysage québécois.

« Ce qu’on constate, a souligné M. Cormier en entrevue à RDI en direct lundi soir, c’est que [depuis 2001] les transactions au guichet automatique diminuent de 30 à 40 %. »

M. Cormier a insisté sur le fait que même si 91 % des transactions se font présentement en ligne, Desjardins maintient malgré tout plus de 2000 guichets automatiques et 1000 points de service au Québec.

Il a également mentionné que 30 % de ces points de service se trouvent dans des municipalités de moins de 2000 habitants et desservent 4 % de la population québécoise.

Selon M. Cormier, Desjardins offre autant de guichets que ses concurrents, mais chaque dollar de revenu lui coûte 70 cents, contre 58 cents pour les concurrents bancaires.

En d’autres mots, Desjardins doit investir davantage pour offrir des services en région.

« Il est clair, clair, clair que ce n’est pas la volonté des dirigeants, ce n’est pas la volonté de nos employés, puis ce n’est pas ma volonté de réduire l’offre de services en région », a-t-il expliqué en commission parlementaire.

« [Mais] on est aussi gardien de la rentabilité du Mouvement Desjardins parce qu’aujourd’hui, les gens s’attendent à un prix compétitif », a enchaîné le président du Mouvement Desjardins. « Il y a des membres qui vont venir à la caisse, qui vont vouloir une hypothèque puis, pour 20 $ par mois, vont aller chez un concurrent. »

« On est les derniers à fermer »

Sur les ondes de RDI en direct lundi soir, Guy Cormier a indiqué qu’outre le facteur financier, l’utilisation du guichet automatique guide les décisions des dirigeants de caisse.

« [Les dirigeants de caisse] côtoient la population, côtoient le milieu, prennent le temps de regarder comment les gens consomment dans leurs milieux, et ce sont eux qui prennent la décision de dire comment on fait évoluer notre réseau de distribution et de guichets et de points de service. »

Guy Cormier affirme que le Mouvement Desjardins « cherche de depuis des années des solutions » pour ne pas « délaisser les régions ».

Et il en a trouvé, sous forme d’ententes avec des municipalités ou encore de partenariats avec des acteurs locaux.

« On vient de lancer deux caisses mobiles qui sillonnent la province et qui vont de région en région, dans les résidences pour personnes âgées, dans les villages », a aussi cité en exemple M. Cormier.

Guy Cormier indique que malgré l’exode des consommateurs vers les services Internet, Desjardins n’a pas de plan précis de fermeture de guichets dans les prochains mois, voire même les prochaines années. Il va plutôt continuer de « s’adapter ».

« D’ailleurs, on est en train d’implanter de tout nouveaux guichets automatiques dans l’ensemble du Québec [en] 2018, 2019, 2020, dit-il. Donc, ce n’est pas parce qu’on pense qu’ils vont cesser d’être utilisés. Mais au contraire, on pense qu’ils vont pouvoir être utilisés en ayant des nouveaux services, des nouvelles fonctionnalités. »

Des services de proximité « essentiels » en région

De son côté, le président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Jacques Demers, souhaite élargir la question des guichets automatiques à tous les services de proximité en région, comme les dépanneurs, les stations-service et les bureaux de poste. Des services qu’il juge « essentiels ».

« On s’aperçoit que quand on ferme un service de proximité, on pousse nos citoyens à s’en aller vers un autre village, une autre communauté, aller un peu plus loin, et souvent faire l’ensemble de ses services ailleurs que dans sa propre communauté », a indiqué M. Demers en entrevue lundi à l’émission Le 15-18.

Ce n’est pas le seul problème, selon lui.

Les institutions financières, tout comme celles qui vendent des assurances ou des placements, sont nombreuses à quitter les régions selon lui.

M. Demers souligne que 8300 travailleurs dans ces domaines ont quitté les régions du Québec entre 2012 et 2017, alors que dans les grands centres, il s’est créé 24 000 emplois durant cette même période.

« On comprend qu’on est en train de centraliser », soutient M. Demers. « Ce qu’il faut faire, c’est de la décentralisation. Il est temps qu’on dise à tout le monde qu’on veut des services en région, qu’on veut garder nos ministères dans nos régions. »

De son côté, Guy Cormier assure que Desjardins « ne laisse pas tomber les régions » et rappelle qu’il investit plusieurs millions de dollars chaque année dans les villes et villages québécois sous forme de dons, de commandites ou encore de ristournes.