Depuis quelques mois, le mot « protectionnisme » est sur toutes les lèvres. Les Anglais choisissent de sortir de l'Union européenne. Protectionnisme. Les Américains choisissent Donald Trump. Protectionnisme. Les Français sont séduits par Marine Le Pen. Protectionnisme. Les Wallons s'opposent à l'Accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne. Protectionnisme. Les Italiens disent non aux réformes de Matteo Renzi. Protectionnisme.

Et ça continue, et ça prend de l’ampleur, tout ce qui fait appel à une barrière, une gestion de l’offre, une taxe, un tarif douanier, une préférence industrielle ou économique, tout ce qui ressemble à une revendication qui ne va pas dans le sens du libéralisme, du libre-échange, de la mondialisation est nommé protectionnisme par ceux et celles qui croient aux vertus de l’ouverture des marchés.

Se peut-il qu’une fois de plus, la réalité soit plus nuancée?

Protectionnisme ou populisme?

Le protectionnisme, écrit Le Petit Robert, c’est une « politique économique qui vise à protéger l’économie nationale contre la concurrence étrangère par des mesures diverses [droits de douane, contingents, formalités administratives, etc.] ». Cette politique est répandue, largement répandue, partout dans le monde, et utilisée par les pays les plus libéraux de la planète.

Le protectionnisme s’incarne dans les protections agricoles, par exemple, avec la gestion de l’offre au Québec, avec les barrières tarifaires ou douanières ou encore les subventions massives à l’agriculture aux États-Unis et en Europe. On le constate aussi dans l’aéronautique, alors que l’Europe et les États-Unis subventionnent largement leurs champions, Airbus et Boeing. Le Canada soutient aussi Bombardier et l’industrie aéronautique, mais de façon beaucoup moins importante que les Européens et les Américains.

Tout le dossier du bois d’oeuvre en ce moment est mu par des visées protectionnistes. C’est le cas dans l’automobile, dans la construction aux États-Unis, le protectionnisme est partout.

Ce qui se passe en ce moment n’est pas nécessairement une montée du protectionnisme. La chose est mal nommée. C’est davantage une montée du populisme politique qui carbure à la colère et à la déception de nombreux citoyens déçus par la mondialisation et les politiques économiques érigées en système. Ils répondent à un électorat potentiel, qui cherche des réponses et des solutions. C’est ce qu’on a vu au Royaume-Uni et aux États-Unis, dans une certaine mesure aussi en Autriche et en Italie, peut-être en 2017 au Pays-Bas, en France et en Allemagne. Partout, le populisme grandit en s’appuyant sur des idées protectionnistes.

De la promesse à la réalité?

Mais, est-ce que Donald Trump aux États-Unis ou Boris Johnson au Royaume-Uni sauront répondre aux attentes de ceux et celles qui ont trouvé un espoir dans leurs propos? Est-ce que Donald Trump, qui prétend avoir permis la sauvegarde de 1100 emplois, la semaine dernière en Indiana, sera en mesure de répéter son « exploit » encore souvent?

Leurs promesses, c’est de créer, ramener, protéger des emplois manufacturiers, perdus aux mains des Mexicains, des Chinois, des pays où les coûts de main-d’oeuvre et de production sont plus faibles. Certains le font en disant qu’il faut changer le modèle économique, qu’il faut remettre les banquiers à leurs place, certains attribuent les malheurs économiques aux immigrants. Mais, peu importe le message, faire revivre des emplois manufacturiers demeure un défi majeur pour tout leader qui décide de se lancer dans de telles promesses.

Pourquoi? Premièrement, parce que des emplois disparaissent en raison de l’automatisation de certaines fonctions. Deuxièmement, dans un marché ouvert, des entreprises arrivent et ouvrent des installations, d’autres partent et vont s’établir ailleurs. La concurrence est forte et les pressions sur les coûts des entreprises sont élevées, surtout quand elles sont en bourse. Et troisièmement, Donald Trump, par exemple, devra payer cher pour récupérer certains emplois.

Combien Donald Trump est-il prêt à investir en argent public, en déficit et en dette, pour éviter qu’Apple fabrique ses produits en Chine? Si Donald Trump et le Congrès américains appliquent un tarif douanier de 15, 25 ou 45 % sur les produits importés de Chine, combien va coûter votre iPad, votre iPhone et vos produits Apple? Est-ce qu'Apple sera tenté de fabriquer ses produits aux États-Unis avec un tel tarif sur les importations venues de Chine?

Prenez un exemple au Canada. En ce moment, Bombardier fabrique des composantes d’avions et de trains au Mexique. Serions-nous prêts à offrir des crédits d’impôts supplémentaires à Bombardier pour que l’entreprise déplace ou ramène ces emplois au Canada? Déjà que beaucoup de Canadiens se montrent exaspérés par l’argent public qui est investi dans Bombardier. Sommes-nous prêts à en faire plus pour nous assurer que Bombardier crée des emplois au Canada et non au Mexique?

Est-ce que le protectionnisme peut avoir du bon?

Cela dit, il y a certainement des politiques qui pourraient être jugées protectionnistes, mais qui pourraient certainement avoir des effets économiques positifs. Par exemple, des crédits d’impôts et des avantages fiscaux pourraient être offerts aux entreprises qui investissent dans l’innovation, dans les énergies renouvelables, dans des technologies vertes et, surtout, qui créent des emplois durables.

Et faut-il considérer comme étant du protectionnisme les politiques qui favorisent l'achat local, la souveraineté alimentaire et les commerces de proximité?

La réalité, c'est qu'il faut agir là où on peut le faire. Il y a moyen de stimuler et d'avantager son économie sans fermer des barrières. Il faut aussi aider et accompagner les victimes de l'ouverture des marchés, parce qu'il y en a beaucoup, et non pas utiliser leur colère et leur déception à des fins politiques.

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