ANALYSE - Donald Trump est président des États-Unis depuis près de 14 mois et force est de constater que ses politiques ont tendance à affaiblir l'économie canadienne. Sa réforme fiscale, ses menaces d'entraves à la frontière, le marchandage qu'il propose sur les tarifs et l'ALENA bousculent l'économie canadienne et créent une incertitude contre-productive.

Un texte de Gérald Fillion

La Banque du Canada écrivait mercredi, dans son communiqué faisant le point sur sa politique monétaire, que « l’évolution de la situation concernant les politiques commerciales constitue une source d'incertitude importante et grandissante pour les perspectives des économies mondiale et canadienne. » Et le principal protagoniste dans cette incertitude qui prend de l’ampleur, c’est le président des États-Unis, Donald Trump.

D’ailleurs, l’économiste en chef de la Banque Laurentienne, Sébastien Lavoie, expliquait à RDI économie mercredi que la croissance du PIB au Canada était certainement touchée par les politiques de Donald Trump. Le rythme de progression a ralenti dans la deuxième moitié de 2017 et il est prévu, par les économistes, que la hausse du PIB au Canada sera moins forte cette année même si les prévisions aux États-Unis sont révisées à la hausse.

Les baisses d’impôt des républicains attirent davantage d’investissements aux États-Unis. Les investissements directs des Canadiens en sol américain augmentent, alors que les investissements directs étrangers au Canada tendent à ralentir. De plus, l’économiste Lavoie nous disait que l’incertitude sur les tarifs et sur l'ALENA fait en sorte que les entreprises hésitent à investir en machinerie et en matériel au Canada, même si l’économie va bien!

Des projets sur la glace

Dans l’industrie de l’aluminium, par exemple, même si le Canada est exempté de tarifs pour l’instant, l’incertitude ralentit les projets d’expansion. « Premièrement, il va y avoir un jeu du marché sur le prix de l’aluminium », a déclaré le pdg de l’Association de l’aluminium du Canada, Jean Simard, à RDI économie jeudi soir. « La prime régionale va sûrement subir des effets à la hausse et les décisions d’investissement pour les grands projets [seront] sur la glace parce qu’on ne peut pas décider d’investir des milliards de dollars » dans un tel contexte d’incertitude.

Les économistes s’attendent aussi à ce que la Banque du Canada soit beaucoup plus patiente dans son programme de remontée du taux directeur. Elle pourrait attendre jusqu’en juillet, possiblement en septembre ou plus tard d’ici la fin de l’année. Et ça fait chuter le dollar canadien, qui est passé de 81,5 cents US début février à moins de 77 cents US.

Les dernières statistiques sur le marché du travail semblent laisser poindre un ralentissement dans les embauches. Il s’est perdu 88 000 emplois au Canada en janvier et la croissance du mois de février s’est limitée à 15 400 emplois. Sur 12 mois, la moyenne mensuelle au Canada est de 23 500 emplois créés. Dans les six derniers mois, ce chiffre moyen baisse à 18 950 emplois. Et depuis trois mois, la moyenne mensuelle affiche une perte de 2600 emplois.

Limiter les dégâts

La politique de Donald Trump n’aide pas l’économie canadienne et, comme nous en avons discuté à plusieurs reprises ensemble, le Canada n’a pas grand-chose à gagner de cette renégociation de l’ALENA imposé par le président des États-Unis. Le mieux que le Canada puisse faire, c’est de protéger des acquis, de limiter les dégâts et de poursuivre une forte offensive sur le terrain pour influencer les décideurs politiques et américains.

À court terme, les politiques de l’administration Trump favorisent l’économie américaine, dont la croissance a recommencé à s’accélérer à l’été 2016, avant l’élection présidentielle. Les mesures protectionnistes et les baisses d’impôt stimulent l’investissement en sol américain. Mais, à moyen et long terme, cette politique tendra à faire augmenter l’inflation et les taux d’intérêt, ce qui va engendrer un ralentissement de l’économie. Et une guerre commerciale mondiale pourrait avoir des conséquences encore plus importantes.

Le protectionnisme et l’approche mercantiliste de l’économie de Donald Trump lui permettent de demeurer en contact avec les ouvriers, les cols bleus et quantité de travailleurs manufacturiers, dont plusieurs ont perdu leur emploi avec l’ouverture des marchés. C’est une bonne partie de sa base politique. C’est en pensant à eux qu’il pose la plupart de ses actions.

Si son constat est juste, ses solutions, elles, sont potentiellement dangereuses. Et, pour le Canada, elles sont néfastes. Mais, ça, c’est le dernier de ses soucis.