Prendre des vacances. C'est le souhait d'un nombre grandissant d'agriculteurs, en particulier chez les jeunes. Au Centre-du-Québec, de plus en plus de producteurs font appel à la Coopérative de solidarité de services de remplacement, qui leur offre des moments de répit.

Un texte de Marie-Eve Cousineau

La productrice laitière Marie-Pier Béliveau travaille sept jours sur sept. Elle ne fait pas exception aux six générations d'agriculteurs qui l'ont précédée à la ferme familiale Bélichel à Sainte-Sophie-d'Halifax, au Centre-du-Québec.

L'agricultrice de 31 ans, qui possède aussi deux érablières, prend néanmoins des vacances chaque année. Elle fait appel à la Coopérative de solidarité de services de remplacement, dont elle est membre depuis 2014. Une employée de la coopérative, qui étudie en agriculture au cégep, vient la relever. Ce sera le cas à la mi-janvier lors de son voyage de randonnée pédestre au Pérou avec son conjoint.

« Ça me permet de dire : "Je pars l'esprit tranquille". J'ai quelqu'un qui s'occupe [de mes 54 vaches] et qui vient en aide à mes ressources, comme mon employé principal, » explique Marie-Pier Béliveau. Elle peut également compter sur ses parents, qui gardent ses enfants de 4 et de 6 ans.

Prendre la clé des champs lui fait du bien. « On dirait que quand on revient, on s'est libéré l'esprit. On est moins stressé, plus reposé. Je pense que c'est surtout un repos mental », estime Marie-Pier Béliveau.

Une demande de répit croissante

La Coopérative de solidarité de services de remplacement a presque trois fois plus de membres que lors de son lancement à titre de projet-pilote en 2014. Elle dessert 68 agriculteurs du Centre-du-Québec, qui versent une cotisation annuelle de 375 $.

Les 10 employés de la coopérative remplacent en priorité les agriculteurs malades, victimes d'un accident ou en deuil. Les demandes de congés et de vacances sont traitées ensuite.

La Coopérative de solidarité de services de remplacement peine à répondre à la demande. « On reçoit de plus en plus d'appels d'autres régions », indique son président, Éric Houle. La direction songe d'ailleurs à créer une antenne en Beauce.

Sensibilisés à la question de la détresse psychologique, les agriculteurs cherchent de plus en plus à avoir des moments de répit. Une tendance d'autant plus marquée chez les agriculteurs de la génération millénaire, selon M. Houle.

Place à la relève

Émilie Blondeau, 20 ans, fait partie de ceux-là. L'étudiante en agriculture au cégep de Victoriaville, l'une des agentes de remplacement de la coopérative, rêve d'avoir sa propre ferme. Mais pas question de « mourir avec son entreprise ».

Éric Houle croit que l'aide ponctuelle de son service peut faire une différence dans la vie des agriculteurs. « Les premières années, on avait eu ce commentaire-là : "C'est la première fois que je vais voir mon enfant jouer au hockey", [d'un parent] qui pouvait se libérer, grâce à ce service-là. Ça, ça nous donne un velours. »

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