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Du chanvre albertain aux JO de Pékin

Les athlètes qui participeront aux épreuves de bobsleigh et de luge aux prochains Jeux olympiques d'hiver glisseront sur des pistes consolidées avec du chanvre albertain.

Un texte de Nafi Alibert

La première cargaison de fibres de chanvre transformées par l'entreprise Canadian Greenfield Technologies Corp. s’est envolée pour la Chine la semaine dernière.

« On ne s’y attendait vraiment pas », partage Stephen Christensen, vice-président et directeur général de cette entreprise située dans le sud-est de Calgary.

L’entreprise qui emploie 11 personnes a fait du chanvre industriel sa marque de commerce, en développant notamment une technologie baptisée NForce-Fiber, des fibres de chanvre spécialement traitées pour renforcer le béton… le matériau utilisé pour construire les pistes de bobsleigh et de luge à Pékin.

« Ces fibres naturelles qui poussent en abondance en Alberta sont à la fois très résistantes et excellentes pour lier le béton qui a tendance à se fissurer quand il sèche », explique M. Christensen.

Mixé au béton, le chanvre présente un avantage majeur sur les autres fibres traditionnellement utilisées (en plastique ou en verre), car il le rend plus souple et plus lisse.

Un atout de taille quand vient le temps de bâtir une piste de bobsleigh sur laquelle les athlètes atteindront plus de 100 km/h.

Pourtant, les experts ne croyaient initialement pas au procédé inventé par l’entreprise de Calgary qui avait jusqu’à présent surtout servi à consolider le béton de parcs de planches à roulettes ou de piscines.

C’est grâce à deux consultants de Vancouver qui testaient leurs produits pour un autre usage que l’entreprise a finalement été retenue.

« Ces consultants font aussi partie d’un groupe d’ingénieurs qui développe le béton qui sera utilisé pour les installations des JO de Pékin », raconte M. Christensen. « Après avoir fait des tests, ils se sont aperçus que notre technologie fonctionnait vraiment bien », ajoute celui qui a appris la nouvelle le mois dernier.

« La superstar de l’environnement »

Le chanvre transformé par l’entreprise de Calgary provient des champs du sud de l’Alberta; un secteur où la plante est d’abord cultivée pour ses graines.

« Ils ne font rien avec le reste de la plante et se retrouvent avec des ballots de paille sur les bras qu’ils brûlaient », explique M. Christensen qui a sauté sur l’occasion de transformer ces pertes en produits dans son usine de Calgary.

Mais c’est dans le nord de la province que se trouve le réel potentiel pour exploiter les fibres de chanvre industriel, selon Diane Chiasson, agente de développement économique à Smoky River Economic Development.

Comme les journées d’ensoleillement y sont plus longues, les plants de chanvre peuvent atteindre 3 mètres, voire 4 mètres dans le comté Mackenzie; contre 1,8 mètre dans le sud.

« C’est plus avantageux et rentable pour les agriculteurs de faire la culture pour les fibres, et c’est pour cette raison que nous avons choisi de favoriser le nord pour développer cette industrie », commente-t-elle en faisant référence au Northern Alberta Hemp Processing Initiative (NAHPI).

Commencé en 2016, ce projet vise à implanter des usines de décortication à proximité des champs de chanvre pour en récupérer la fibre.

« Si on doit la transporter à Edmonton pour la transformer, les frais de transport sont beaucoup trop élevés », observe Mme Chiasson qui qualifie le chanvre de « superstar de l’environnement ». En effet, sa culture est peu énergivore et la plante offre de nombreuses utilisations tant dans l’industrie textile, la construction que l’agroalimentaire ou les cosmétiques.

L’entreprise de M. Christensen en sait quelque chose, puisqu’après le béton, les litières, et les produits de jardinage, elle vient de développer une poudre de chanvre qui sert d’exfoliant dans les produits de beauté. Elle sera commercialisée en Afrique du Sud et au Brésil.