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Économie et immigration : François Legault a-t-il raison?

L'un des meilleurs outils d'intégration des immigrants dans une société, si ce n'est pas le meilleur, c'est le travail. Des gens qui arrivent d'ailleurs pour toutes sortes de raisons et qui ne trouvent pas d'emploi dans leur pays d'accueil connaîtront des difficultés réelles à se faire une place dans la société, à y être heureux et à adhérer aux « valeurs communes » du Québec.

Gérald Fillion

Un texte de Gérald Fillion

Mon collègue Alec Castonguay nous rappelait sur Twitter mardi matin que les nouveaux arrivants doivent signer une « déclaration sur les valeurs communes de la société québécoise ». Il y est question de la « pérennité du fait français », du fait que les « pouvoirs politiques et religieux au Québec sont séparés », de l'égalité homme-femme, mais il est aussi question de « prospérité économique. »

Et c'est ici que le bât blesse. Selon les dernières données disponibles de Statistique Canada, celles de 2015, le taux de chômage des immigrants à Montréal était de 11,1 % alors qu'il était de 6,8 % à Toronto et de 6,4 % à Vancouver.

En retour, le taux de chômage des « natifs » était de 7,5 % à Montréal, 7,2 % à Toronto et 5,3 % à Vancouver.

Pire encore, le taux de chômage des immigrants récents (ceux qui sont arrivés entre 2011 et 2015) était de 18,4 % à Montréal, de 10,9 % à Toronto et de 11,8 % à Vancouver.

Il y a donc un problème d'intégration au travail des immigrants au Québec. Pourtant, les immigrants reçus ont un niveau d'éducation plus élevé que la population générale. Pourquoi donc cette difficulté? Pourquoi ces niveaux de chômage alors qu'on nous dit toujours que, sur le plan démographique et économique, le Québec a besoin d'immigrants?

Moins d'immigrants, une bonne solution?

Le chef de la CAQ François Legault est d'avis qu'il faut ramener le niveau d'accueil des immigrants à 40 000, soit 11 500 de moins que la moyenne des cinq dernières années. Il est d'avis qu'on doit revenir au niveau de 2003 parce qu'on n'a pas assez investi dans l'intégration des immigrants au Québec et qu'il vaudrait mieux en faire moins.

Avec la faible natalité au Québec et la croissance économique qui est lente, un journaliste lui a demandé, mardi matin, s'il n'était pas en train de scier la branche sur laquelle le Québec est posé. Réponse de François Legault : le chômage des immigrants est élevé et on devrait investir en éducation pour réduire le décrochage et augmenter ainsi la population active.

Oui, mais c'est vite dit. Le vieillissement de la population est important au Québec. La population active décélère rapidement. Le Québec peut-il se permettre de perdre un peu plus de travailleurs potentiels?

Depuis un an au Québec, on compte 33 400 personnes de moins dans la population active. Peut-être que nous arrivons au moment où l'intégration des immigrants au Québec sera accélérée avec la baisse de la population active, non?

Pourquoi l'immigration francophone baisse-t-elle?

Mais pour ça, ça prend quoi? Ça prend certainement des investissements dans les outils d'intégration, comme le propose le chef de la CAQ. Ça prend certainement une bien meilleure reconnaissance des diplômes et des certifications, ce que réclament les milieux patronaux et syndicaux. Il faut sûrement travailler sur le vivre ensemble, les préjugés et les craintes.

Mais, surtout, il faut réfléchir à la sélection des candidats. La langue maternelle est le français pour environ 80 % de la population du Québec et un peu plus de 94 % des gens se disent capables de parler français. Mais la part des immigrants accueillis qui parlent le français était de 55 % en 2015. Est-ce assez? On était à 65 % en 2010. Pourquoi cette part baisse-t-elle?

Est-ce productif dans le contexte du Québec de réduire l'immigration francophone? Est-ce qu'il y a ici une explication dans le fait que le chômage des immigrants est plus élevé à Montréal qu'à Toronto et à Vancouver, qui intègrent plus facilement leurs immigrants à l'anglais? Il faut ajouter, par ailleurs, que Toronto et Vancouver accueillent beaucoup d'immigrants investisseurs, notamment des Asiatiques qui ont des moyens élevés.

Mais, une fois qu'on a dit ça, on peut se demander si les immigrants qui sont unilingues francophones connaissent bien l'anglais. Dans un marché comme Montréal, dans une économie ouverte sur le monde, les entreprises exigent souvent la connaissance des deux langues. Et, donc, autre question : devrait-on privilégier les candidats immigrants qui connaissent les deux langues? C'est complexe et difficile, j'en conviens.

En terminant, une étude du CIRANO, portant sur « L'impact de l'immigration sur la dynamique économique du Québec » publié en 2014, proposait qu'on continue « de favoriser les immigrants qui ont des liens culturels avec le Québec et qui parlent français, ou qui peuvent l'apprendre rapidement. Étant donné que les gens ont le droit de déménager à l'intérieur du Canada, certains immigrants sont admis par le Québec et choisissent de s'établir ailleurs par la suite. C'est le cas, entre autres, de plusieurs immigrants investisseurs. »

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