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Embargo sur le vin : « frustrant » pour certains, salué par d'autres

En Alberta, les réactions sont partagées après l'annonce de la première ministre Rachel Notley mardi qu'elle suspendait l'importation de vin en provenance de la Colombie-Britannique.

Un texte de Stéphanie Rousseau

La décision se veut une réponse à la Colombie-Britannique qui a annoncé la semaine dernière qu’elle envisage des restrictions pour transport de bitume dilué sur son territoire.

Le geste est perçu par l'Alberta comme étant une action contre l’expansion prévue du pipeline Trans Mountain de Kinder Morgan qui doit tripler la quantité de pétrole entre l’Alberta et la région de Vancouver.

Karen Collins, la propriétaire d'Asti Trattoria Italiana à Fort McMurray, n’offrait déjà plus de vin de la Colombie-Britannique en raison de la prise de position de cette province sur le projet énergétique.

Dans une série de tweets, le chef de l’opposition officielle du Parti conservateur uni Jason Kenney a aussi déclaré qu'il soutenait le geste de la première ministre, disant qu'il était temps que l'Alberta « agisse avec des actions et plus seulement des mots ».

« Cette réponse est loin d’être proportionnelle. La valeur des livraisons de pétrole est beaucoup plus importante que ce que représentent les ventes des vins de Colombie-Britannique en Alberta, mais cela attirera peut-être l’attention du NPD de la Colombie-Britannique » a ajouté Jason Kenney.

Jaunita Roos, la copropriétaire du commerce Color de Vino à Edmonton appuie également la prise de position de Rachel Notley.

« Nous devons être sensibles à ce que nos consommateurs veulent et beaucoup sont touchés par les problèmes de l’industrie à exporter son pétrole », dit-elle. Elle ne s’attend pas à ce que les restrictions aient un impact trop important sur son commerce.

Une décision qui « déçoit »

La décision déçoit toutefois Guillaume Frélot, gérant du magasin Truvé Wines à Calgary.

Il estime que 15 à 20 % de ses ventes sont des vins de la Colombie-Britannique.

« Il va y avoir une perte de visibilité, on est loin de l’Ontario, alors on privilégie les vins de la Colombie-Britannique, donc c’est certain que cela va nous causer du tort », lance-t-il.

Le consommateur Larry Nicholat s’avoue aussi sceptique face à la stratégie adoptée par le gouvernement de Rachel Notley.

Il trouve dommage de cibler une industrie qui n’a rien à voir avec le conflit qui oppose les deux provinces et s’inquiète d’une diminution du choix pour les consommateurs. « Nous vivons dans un monde où le choix fait partie de la vie et je ne pense pas que sa diminution soit une bonne chose », dit-il.

Pour sa part, le groupe Restaurants Canada trouve irresponsable cet embargo qui prend en otage les consommateurs albertains et les vignobles britanno-colombiens.

« En tant que pays, nous devons essayer d'éliminer les barrières commerciales nationales et internationales et cette décision est tout à fait à l’opposé de cela », a déclaré Mark von Schellwitz, le vice-président pour l'Ouest canadien, dans un communiqué.

Encore des réserves en Alberta

Selon la Commission de l’alcool et du jeu de l’Alberta, il reste environ 160 000 caisses de vin de la Colombie-Britannique dans ses entrepôts.

Cette réserve pourrait durer de 30 à 35 jours, selon les estimations basées sur les ventes de l’année dernière.

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