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Émissions de GES : crainte pour une délocalisation massive des entreprises québécoises

Le secteur industriel québécois pourrait connaître une « délocalisation massive » d'entreprises si le gouvernement du Québec annonce la fin des droits gratuits d'émissions de gaz à effet de serre (GES) accordés aux entreprises, plaide le Conseil patronal de l'environnement.

Sa présidente, Hélène Lauzon, lance un cri du cœur au gouvernement de Philippe Couillard, l'exhortant à ne pas élever les exigences en matière de GES auxquelles sont soumises les entreprises de la province, dans son plan 2021-2030 pour le marché du carbone.Si l’État maintient sa cadence, « on s’attend à une délocalisation massive de nos entreprises hors du Québec, sans précédent », prévient-elle en entrevue à RDI Économie.

Comme le marché du carbone qui lie le Québec à la Californie arrive à échéance en 2020, le système de tarification et de plafond des émissions doit être revu pour les années à venir. Dans sa nouvelle mouture, la Californie entend serrer davantage la vis aux grands pollueurs.

Selon Mme Lauzon, ces nouvelles modalités pourraient alourdir le fardeau environnemental des entreprises. Certaines d’entre elles pourraient faire le choix de quitter la province pour s’installer dans un territoire où les exigences environnementales sont moins élevées.Pour l’heure, les entreprises québécoises doivent se plier à des contraintes supplémentaires, estime la présidente du Conseil patronal de l’environnement. « Nos entreprises sont en compétition avec d’autres entreprises qui ne sont pas soumises à la tarification sur le carbone », explique-t-elle, prenant en exemple toutes les compagnies du secteur industriel américain localisées ailleurs qu’en Californie.

Jusqu’à présent, les entreprises québécoises n’ont pas pris la poudre d’escampette, parce qu’elles reçoivent une aide de l’État pour rester compétitives. En retirant cette aide et en élevant les standards environnementaux, l’État québécois court le risque de devenir « moins attrayant en termes d’investissements », souligne Mme Lauzon.Une étude d’impact économique confidentielle réalisée par le gouvernement du Québec viendrait prouver cette délocalisation, soutient-elle. Le rapport, qui devrait être rendu public en même temps que le plan 2021-2030, « démontrera qu’il y aura un impact important sur le PIB et sur les pertes d’emploi ».Le secteur industriel a fait sa part

Entre 1991 et 2012, le secteur industriel au Québec a diminué de 21 % ses émissions de gaz à effet de serre, indique le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.« La baisse dans ce secteur provient d’améliorations techniques de certains procédés, de l’amélioration constante de l’efficacité énergétique et de substitutions de combustibles », observe le ministère dans un rapport de janvier 2016.

Si le Québec arrive à cheminer vers son objectif de réduire ses émissions de GES de 37,5 % par rapport aux niveaux de 1990 d’ici 2030, c’est grâce au secteur industriel, estime le Conseil patronal de l’environnement.

« Nous sommes déjà en avance par rapport à nos partenaires commerciaux, par rapport aux Américains, croit Mme Lauzon. Le gouvernement du Québec devrait élaborer une politique structurante [dans son prochain plan] et laisser souffler un peu le secteur industriel. »

Dans l’attente du plan d’action 2021-2030, des groupes environnementaux comme Greenpeace et la Fondation David Suzuki ont joint leurs voix à celle du Parti québécois pour demander au gouvernement de tenir des consultations afin d’évaluer l’impact de la taxe carbone au Québec.

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