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En as-tu vraiment besoin? La réponse est dans le prix!

Avec beaucoup de justesse, mon confrère Pierre-Yves McSween vous pose la question depuis quelque temps : en as-tu vraiment besoin? La question est bonne, la réponse n'est pas simple.

Pourquoi? Parce que, dans la réalité, on achète, oui, un paquet de choses dont on a besoin, comme des sous-vêtements, du brocoli, de l'électricité pour chauffer notre mois de novembre et le cours de natation de la petite de 7 ans. Mais on achète aussi bien des choses dont on pourrait se passer.

Nous sommes d’accord avec le fait qu’il faut éviter de trop s’endetter, qu’il faut éviter de payer une fortune en intérêts sur les cartes de crédit, qu’il faut éviter d’acheter des articles inutiles, polluants, qui occupent trop d’espace, qu’on devra jeter rapidement et, avouons-le, qui ne servent qu’à compenser un manque affectif parfois! Nous savons ça.

Malgré tout, même si nous nous disons écologiques, raisonnés, intelligents, prévoyants et j’en passe, la réalité, c’est que nous ne cessons de dépenser toujours plus, de nous endetter toujours plus et d’avoir une empreinte carbone toujours plus élevée. Le gaspillage énergétique est spectaculaire chez nous, le gaspillage alimentaire aussi. Les ventes au détail augmentent toujours dans les semaines précédant les fêtes, on fait toujours trop de cadeaux pour Noël. Les ventes d’automobiles atteignent des records, de gros véhicules en plus. Les machins technologiques et électroniques ont toujours la cote, plus que jamais.

On dépense, on consomme et on ne ralentit pas.

Et, donc, la question que Pierre-Yves vous pose à la radio le matin et dans son livre est légitime et pertinente. Mais notre réponse est-elle à la hauteur de sa question et de son intention? Se peut-il que, pour changer, pour repenser notre consommation, pour éviter le crédit intempestif, pour faire baisser notre impact écologique, se peut-il que nous soyons obligés d’être acculés au mur? Et je pose la question maudite : le prix est-il le bon?

Plus le prix est élevé...

S’il y a une chose, une seule chose qui fait tiquer la majorité des consommateurs que nous sommes tous, que nous aimions ça ou non, c’est le prix. Je n’ai jamais reçu autant de courriels depuis que je suis journaliste que sur le prix de l’essence. Et j’en ai reçu presque autant sur le prix des aliments. Et j’en ai reçu beaucoup aussi sur les prix aux États-Unis et les variations du dollar canadien. Et que dire des questions et des commentaires sur les prix de l’électricité?

La seule solution qui marche de façon marquée et massivement pour faire changer un comportement, c’est le prix. Montez le prix de l’essence à 2 $ le litre demain matin, et un changement de comportement est garanti. Montez le prix de l’électricité au Québec, à des heures précises de la journée, et vous allez voir un changement d’utilisation.

Taxez davantage les produits électroniques dont la durée de vie est courte, baissez les prix des voitures électriques, des livres ou des aliments produits au Québec, et je vous parie un déplacement de la consommation.

C’est normal. La majorité des ménages n’ont pas les moyens de ne pas s’occuper des prix. Mais il y a bien des gens aussi qui peuvent dépenser un peu plus ou qui ont l’impression qu’ils peuvent le faire. Et le danger de l’endettement est ici.

Nous avons besoin de consommer pour vivre, et c’est bon pour l’économie. Vous avez des amis en affaires, il y a votre beau-frère qui travaille à l’épicerie du village et votre soeur qui fabrique des vêtements pour enfants, votre voisin qui produit du lait et votre patron qui vous embauche pour mettre au point des services en technologie. L’économie a besoin de votre consommation! Parce que l’économie, en passant, c’est vous, c’est moi, c’est nous tous.

Mais quelle consommation doit-on privilégier ? La consommation de nécessité, certainement et naturellement. Mais, celle qui est excédentaire, celle des cadeaux, des plaisirs, celle des excès, c’est cette consommation-là qu’il faut surveiller. Et si nous, consommateurs, nous avons du mal à répondre non à la question de Pierre-Yves, se peut-il que le bon vieux signal du prix soit la seule vraie solution pour nous faire changer de comportement?