Retour

Entreprises familiales : les provinces de l'Atlantique confrontées à l'absence de relève en milieu rural

Les pêcheurs et les exploitants agricoles vieillissent en Atlantique et les jeunes générations semblent peu intéressées à prendre la relève des entreprises familiales. Le désastre guette-t-il les communautés rurales?

Pas nécessairement, croit une chercheuse qui entreprend une étude de cinq ans sur la relève au sein des entreprises familiales des provinces de l’Atlantique, dans l'espoir qu'une meilleure compréhension de la nouvelle génération de travailleurs puisse influencer les futures politiques publiques axées sur les communautés rurales.

Karen Foster, sociologue et professeure adjointe à l’Université Dalhousie d’Halifax, ira à la rencontre de familles en milieu rural qui sont exploitantes agricoles, détiennent un permis de pêche, ou sont propriétaires d’une petite entreprise en tout genre qu’elles pourraient potentiellement léguer à leurs enfants.

Son attention a été attirée, entre autres, par les cris d’alarme d’intervenants qui s’inquiètent de la possibilité d’une crise imminente en milieu rural. Les plus âgés ne croient pas que leurs enfants vont prendre la relève, ou encore ont du mal à trouver des gens de la génération de leurs enfants pour leur succéder, explique-t-elle.

Les données actuelles vont en ce sens. Il y a sept ans, Statistique Canada révélait que 60 % des fermes en Atlantique étaient exploitées par un propriétaire âgé de 55 ans ou plus. Qui plus est, selon le Recensement de l'agriculture de 2016, plus de 91 % des agriculteurs canadiens n’avaient pas de plan de succession officiel détaillant comment leur entreprise serait transférée à la prochaine génération d'exploitants.

Les motivations qui guident les plus jeunes dans leur décision de prendre ou non la relève de l’entreprise parentale sont d’un intérêt particulier de Karen Foster. Ses recherches précédentes ont révélé une conception du travail différente chez les jeunes dans la vingtaine et la trentaine. Ceux-ci, soutient-elle, doutent souvent de la capacité des très grandes entreprises à leur offrir une vie professionnelle dans laquelle ils peuvent s’épanouir.

Cette situation laisse présager des changements inévitables. Il y a des technologies qui permettent autant de production avec beaucoup moins de travailleurs. Il y a aussi des raisons environnementales pour changer nos façons de faire, souligne-t-elle.

J’aimerais voir les entreprises évoluer. Elles ne disparaîtront pas, car nous allons toujours avoir besoin d’aquaculture et d’agriculture, mais elles vont changer, explique Mme Foster. Le problème est que nous ne savons pas de quoi la société aura l’air, dans la mesure où nous sommes incapables d’abandonner l’idée qu’il faut travailler 40 heures par semaine à un certain salaire pour survivre.

Nous avons le potentiel de revoir radicalement la façon dont le travail s’accomplit, affirme la sociologue. Nous faisons face à une restructuration radicale, même si les industries elles-mêmes vont survivre.

Les entreprises du futur connectées à la communauté

L’engouement actuel pour les entreprises artisanales donne peut-être une piste de solution quant à l’avenir des milieux ruraux.

Pour préserver des communautés rurales dynamiques, respectueuses de l’environnement, où les gens veulent vivre, celles-ci ont besoin d’industries qui sont connectées à la communauté locale, dit Mme Foster, qui dirige la Chaire de recherche du Canada sur l’avenir durable des régions rurales du Canada atlantique.

Je suis en fait plutôt optimiste, dit la chercheuse. Le défi pour les petites communautés, et les petites entreprises qui s’y trouvent, est de s’adapter à un nouvel environnement, et peut-être de tirer profit de la perception positive des entreprises artisanales.

La chercheuse Karen Foster est toujours à la recherche de familles d’entrepreneurs en milieu rural qui seraient prêts à partager leurs expériences et leur perspective d’avenir. Ces entrepreneurs peuvent entrer en contact avec elle en lui écrivant à rural@dal.com.