Pour attirer des spectateurs, des visiteurs, des amateurs de sport ou d'art, pour prouver sa pertinence, pour aller chercher du financement privé ou public, plusieurs organismes demandent à des firmes d'experts de calculer les impacts économiques de leur événement.

Gérald Fillion

Un texte de Gérald Fillion

C'est le cas du Grand Prix de Montréal, c'est le cas aussi pour les FrancoFolies, le Festival de jazz ou le Festival d'été de Québec. Pour bien des raisons, c'est très utile de mener cet exercice.

À la demande de Tourisme Montréal et de la Ville de Montréal, un nouveau rapport sur les répercussions économiques de la formule 1 a été préparé et publié vendredi dernier. La conclusion en a étonné plus d'un : la contribution du Grand Prix à l'économie du Québec s'établit à un peu plus de 42 millions de dollars. D'autres études, dans le passé, sont arrivées à des retombées franchement plus élevées, à près de 90 millions de dollars dans le cas d'une analyse du ministère des Finances du Québec en 2008.

Pourquoi cet écart? Voilà une belle occasion d'expliquer ce que sont les impacts économiques d'un événement et comment on les calcule.

L'argent neuf dans l'économie

J'ai parlé à Daniel Denis, économiste au groupe Secor-KPMG, qui a réalisé plusieurs études de ce genre. Pour un événement, me dit-il, le véritable impact économique vient des visiteurs. C'est l'argent nouveau insufflé dans une économie, en dépenses et en revenus fiscaux, qui représente l'impact économique réel.

Qui est ce visiteur? La définition est importante, puisque c'est ici que vous pouvez étirer l'élastique de l'impact économique. Une personne qui part de Chicago pour venir à Montréal voir la formule 1 aura un impact économique certain : restaurants, hôtel, souvenirs, billets de la F1, etc. L'impact économique pour le Québec est alors évident. Sans la F1, cette personne ne serait pas venue à Montréal puisqu'on a identifié que son intérêt premier, c'est la F1.

Mais si cette même personne avait prévu venir dans la métropole du Québec pour participer à la Conférence de Montréal qui se tient tous les ans en juin, pour visiter 2-3 musées par la même occasion, une cousine qui lui rappelle ses racines québécoises... et qu'il décide finalement d'aller voir la course de F1 le dimanche après-midi avant de rentrer à Chicago le lundi matin, est-ce qu'on peut calculer cet apport dans la catégorie « impacts économiques » de la F1?

Comment calcule-t-on les effets sur l'économie?

Le gouvernement du Québec a choisi l'approche restrictive en matière d'évaluation de l'impact fiscal des grands festivals et événements. La question que se pose le gouvernement : est-ce que l'événement rapporte des rentrées fiscales supplémentaires pour l'État? L'État veut un portrait qui n'est pas gonflé à l'hélium, on pourrait presque penser que le gouvernement préfère une sous-évaluation de l'effet des événements plutôt qu'une exagération.

Sur le plan économique, les trois éléments suivants sont considérés dans le calcul :

  1. les dépenses de fonctionnement nécessaires à l'organisation de l'événement;
  2. les investissements requis, essentiels à l'existence de l'événement;
  3. les dépenses des touristes... et c'est important de citer le nouveau guide méthodologique du gouvernement sur ce point : « On ne retiendra que les dépenses des visiteurs qui ne seraient pas venus sur le territoire de référence, n'eût été la tenue de l'événement. »

Ainsi, on va comptabiliser l'effet économique d'un touriste étranger qui vient au Québec pour la F1 spécifiquement, qu'il soit ici que pour une journée sans réserver une chambre d'hôtel ou qu'il soit ici pour plusieurs jours. On va comptabiliser aussi les Québécois qui vivent à plus de 40 kilomètres de la localité où se tient l'événement et qui se déplacera précisément pour l'événement en question. 

Beaucoup de dépenses sont exclues

Les dépenses des Montréalais au Grand Prix ne seront toutefois pas prises en compte. Ni les dépenses des gens qui sont de passage, ceux qui viennent à Montréal pour d'autres objectifs que la F1, mais qui en profitent pour assister à la course. Ne sont pas inclus non plus les gens qui ont finalement décidé de rester au pays plutôt que de voyager en raison d'un événement qui les attire.

On préfère en exclure pour ne pas amplifier les données plutôt que d'inclure des gens dont on viendrait exagérer l'effet économique.

Des milliers de personnes sont contactées pour ce type d'études. C'est très scientifique. Ce qu'il faut vérifier, c'est la méthodologie. Où s'arrête la définition de ce qui est un impact économique lié à l'événement? Le Québec a choisi un modèle plus serré, qui vient réduire la portée affichée des événements sur l'économie.

C'est bien. Mais, comme nous l'a expliqué Daniel Denis, Toronto, Calgary, Vancouver, les villes américaines calculent de façon plus large les impacts économiques des événements. Il sera difficile de comparer les effets économiques de ces villes avec ceux du Québec.

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