Le prix du bois d'œuvre connaît des hausses exceptionnelles depuis le début du mois de juillet. L'augmentation des mises en chantier aux États-Unis, la montée du dollar canadien et l'application des taxes à la frontière américaine poussent les prix à la hausse. Les feux qui ravagent la forêt de la Colombie-Britannique contribuent également à la flambée des prix.

Un texte d'Isabelle Larose

L'économiste en chef du Conseil de l'industrie forestière du Québec, Michel Vincent, affirme que le prix du bois d'œuvre n'a pas été aussi élevé depuis 2005.

« Depuis deux semaines, les prix ont monté de 20 à 25 $ du mille pieds mesure planche (mpmp), précise M. Vincent. C'est énorme! »

Les hausses sont de l'ordre de 7 à 8% pour la plupart des matériaux, tant sur le marché de Boston que sur celui des Grands lacs.

Par exemple, des planches 2x4 de longueur assorties se détaillaient 455 dollars américains/mpmp sur le marché de Boston à la fin du mois de juin, selon l’indice Pribec. Le prix avait augmenté à 490 $ US en date du 25 juillet.

Des feux de forêt qui raréfient l’offre

Les incendies de forêt en Colombie-Britannique jouent un rôle crucial dans ces hausses de tarifs en raréfiant la quantité de bois disponible sur le marché nord-américain.

« La Colombie-Britannique, c'est l'entité territoriale qui a la plus grosse industrie forestière de sciage de résineux de l'Amérique du Nord, toutes les provinces canadiennes et les états américains confondus. »

Selon le Lumber Market Report, les feux de forêt ont forcé la fermeture de 8 usines de sciage en Colombie-Britannique. À elles seules, ces usines représentent 14% de la production de la province et 3% du bois d’œuvre nord-américain.

Un dollar plus fort

La montée du dollar canadien pousse aussi les prix à la hausse, car elle réduit la marge de profit des industriels qui exportent avec les États-Unis.

Au moment de reconvertir la devise américaine en argent canadien, les industriels se voient appauvris, comparativement aux périodes où le huard est plus faible.

« Comme les ventes se font en dollars américains, explique l’économiste Michel Vincent, les producteurs canadiens vont avoir envie d’augmenter les prix parce qu’ils ont moins de revenus. »

L’économiste précise toutefois que malgré la hausse récente du huard, le taux de change demeure « dans une zone de confort », encore très loin de la parité tant redoutée par les exportateurs.

Des prix qui vont se maintenir?

Le président-directeur général du Conseil de l’industrie forestière, André Tremblay, est d’avis que la conjoncture favorable repose grandement sur la reprise économique aux États-Unis. Selon lui, la demande en bois d'oeuvre est grandissante au sud de la frontière.

« Je ne crois pas que les marchés vont retomber, soutient M. Tremblay. La force de l'économie américaine fait en sorte que la demande va continuer à être bonne. C'est la santé de l'économie américaine qui fait que les prix sont à ce niveau-là. »

Les mises en chantier aux États-Unis ont été revues à la hausse en juin. Les analystes prévoient la construction de 1 215 000 unités de logement annuellement.

Des barrières tarifaires élevées

Même si de nombreux facteurs poussent les prix à la hausse, les taxes imposées à la frontière américaine grugent les bénéfices des industriels canadiens.

« On n’a pas vu ces prix-là depuis 2005, rappelle M. Vincent, mais la marge de profit qu’on réussit à dégager avec l’augmentation des prix, c’est pratiquement donné au complet aux douanes. »

« On a une taxe de 26,75% qu'il faut payer chaque fois qu'on vend du bois aux États-Unis, soutient Daniel Gariépy. Lors des négociations, est-ce qu'on va être capable de récupérer tout l'argent qu'on remet au gouvernement américain? »

En attendant l’issue des négociations, ce sont les consommateurs qui absorbent en grande partie les hausses de prix.

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