Retour

Foyers de soins : « Il va y avoir davantage d’intérêt venant du secteur privé »

L'ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick Shawn Graham croit que le secteur privé jouera un plus grand rôle dans la construction des foyers de soins au Nouveau-Brunswick. Selon lui, les appels d'offres lancés récemment par le gouvernement pour dix nouveaux foyers de soins d'une soixantaine de places vont attirer de nouveaux joueurs dans l'industrie.

Un texte de Nicolas Steinbach

« Notre gouvernement a contribué fortement à créer le modèle avec le secteur privé pour construire de nouveaux foyers de soins dans la province. Le secteur privé prend tous les risques en construisant des foyers de soins », explique Shawn Graham.

L'ancien premier ministre qui a ouvert la porte au partenariat public-privé pour la construction de foyers de soins au Nouveau-Brunswick. C'était en 2008, alors que l’entreprise privée Shannex prévoyait ouvrir trois foyers de soins dans le sud de la province.

« L’avantage pour le gouvernement à l’époque était de construire des foyers de soins plus rapidement. On voulait que ce soit les entreprises qui aient la responsabilité de respecter les délais et les budgets de construction et que ce fardeau ne soit pas imposé aux contribuables ».

Dix ans plus tard, l’entreprise privée est en pleine expansion : elle construit présentement un sixième foyer de soins à Miramichi. C’est la seule entreprise privée lucrative dans le domaine des foyers de soins et le joueur le plus important de la province. Shannex a d'ailleurs remporté les deux plus récents appels d’offres pour construire des foyers de soins à Moncton et à Miramichi.

« Le modèle de Shannex en Nouvelle-Écosse est un grand succès et nous voulions la même expérience au Nouveau-Brunswick pour construire des foyers de soins plus rapidement que dans le passé en raison des besoins grandissants de déplacer les patients des hôpitaux vers des foyers de soin longue durée ».

En février, le gouvernement libéral de Brian Gallant annonçait son nouveau plan pour les foyers de soins : 1000 nouvelles places seront créées au cours des cinq prochaines années. Cela représente la construction de 10 nouveaux foyers de soins en partenariat public-privé.

« Il y a un marché à prendre [au Nouveau-Brunswick] où il n’y a pas de joueur dominant. [...] Ça va dépendre des conditions, des contrats, des obligations que le gouvernement mettra en place, mais effectivement ça peut devenir une source de profit significative pour une entreprise privée », explique l'économiste Pierre-Marcel Desjardins.

L’économiste Pierre-Marcel Desjardins estime que les conditions sont réunies pour que l’entreprise privée s’implante davantage au Nouveau-Brunswick.

« C’est un secteur en croissance, nous aurons de plus en plus de personnes en âge d’aller dans les foyers de soins au cours des prochaines années. C’est aussi une source de revenu relativement stable. Ça ne dépendra pas des aléas du commerce avec les États-Unis, des taux d’intérêt. En plus, c’est un secteur qui est appuyé par les gouvernements, donc pour le secteur privé c’est extrêmement intéressant. »

La fin des foyers communautaires ?

Il existe 62 foyers de soins à but non lucratif au Nouveau-Brunswick qui sont gérés par des conseils d’administration locaux. Ensemble, ces foyers dits communautaires ont une capacité d’environ 4200 lits. Avec huit foyers de soins à but lucratif, incluant les deux en construction à Miramichi, Shannex a quant à elle une capacité de 624 lits.

Les 10 appels d’offres pourraient être remportés par le secteur privé à but lucratif, ce qui changerait la donne de façon significative assure Pierre-Marcel Desjardins.

« On aurait des foyers de soins qui seraient gérés de l’extérieur au lieu de comités locaux. [...] Ça serait une présence beaucoup plus importante de méga foyers. Ça, est-ce que c’est souhaitable ? »

Des foyers de soins à but non lucratif ont d'ailleurs récemment critiqué les appels d’offres et dit craindre de perdre leur licence.

Mais il y a moyen d’éviter la création de monopoles privés à but lucratif, selon l’économiste Pierre-Marcel Desjardins. Par exemple, la province pourrait aider les propriétaires des foyers communautaires à remporter les soumissions en leur donnant accès à des liquidités à travers des garanties de prêts. Le gouvernement pourrait aussi modifier les appels d’offres.

« Le compromis serait peut-être dans le pointage des différentes soumissions de mettre un certain nombre de points pour la connaissance et l’expérience locale. [...] Au niveau du processus, si on accorde un poids à l’historique, à l’expérience de ces organismes qui ont géré ces foyers depuis plusieurs années, on est en train d’équilibrer les choses et de permettre aux groupes locaux d’être concurrentiels au niveau des appels d’offres.

Plus de compétition, plus de choix

Shawn Graham estime qu’avec les appels d’offres, il y aura des soumissions qui viendront d’autres entreprises que Shannex.

« Je pense qu’on verra beaucoup de compétition avec ces appels d’offres, ce qui veut dire que les contribuables en bénéficient », mentionne-t-il.

Pour Mary Shryer, ancienne ministre au Développement social au sein du gouvernement Graham, c'est aux consommateurs de décider vers quel modèle ils souhaitent aller : vers les foyers communautaires à but non lucratif ou vers les foyers privés. « C’est bon que les gens aient le choix », dit-elle.

L’ancienne ministre explique que tous les foyers de soins sont réglementés par le ministère du Développement social. Le prix d’une place dans le secteur privé à but lucratif est donc échelonné selon les mêmes critères que dans le secteur non lucratif.

Plus d'articles