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Fraude présumée de 600 000 $ à Mont-Laurier

La petite ville de Mont-Laurier, dans les Hautes-Laurentides, est sous le choc. Info Services Gauthier Thibault, une entreprise qui offrait des services de paie et d'impôts pour d'autres PME, a déclaré faillite pour un montant de près de 600 000 $. 

Un texte de Francis Labbé

Depuis des mois, elle n'a pas versé à Québec et à Ottawa les déductions à la source prélevées auprès de ses clients. Une « fraude présumée » qui pourrait en entraîner d'autres à sa suite.

Jusqu'à maintenant, 83 entreprises ont subi des pertes dans cette faillite. L'entrepreneur en construction Christian Bilodeau en fait partie. « [Jusqu'à présent] c'est 38 000 $ que j'ai perdus », raconte-t-il.

« Mais, hier, j'ai reçu une lettre qui me disait que des pénalités qui remontent à 2015 n'ont pas encore été payées encore. Ça ajoute un montant de 3200 $ et ce n'est peut-être pas fini. »

La Sûreté du Québec fait enquête et aucune accusation n'a encore été déposée dans cette affaire. Mais dans cette ville de 14 000 habitants, c'est la commotion.

Louise Meilleur, coordonnatrice administrative au sein de la firme d'arpenteurs-géomètres Létourneau Gobeil, a été l'une des premières à porter plainte à la Sûreté du Québec.

« On a 37 000 $ en DAS [déductions à la source] qui n'ont pas été versés au gouvernement, mais nous avons la preuve que ces montants-là ont été enlevés de nos comptes bancaires. C'est sûr que c'est comme une tornade. »

Le Centre local de développement craint un effet domino dans les PME locales « Les entreprises qui faisaient affaire avec Info Services Gauthier Thibault étaient plus petites, par définition. Si elles se font enlever 5000 ou 10 000 $ de leur compte bancaire, la pente sera difficile à remonter », raconte le directeur général du CLD d'Antoine-Labelle, Frédéric Houle.

M. Houle rappelle que la région commençait à peine à se remettre de la crise du bois d'oeuvre, qui a commencé il y a 10 ans.

Revenu Québec demeure ferme

Revenu Québec est au courant de la situation, mais l'agence rappelle que les entreprises ont la responsabilité de s'assurer que les sommes sont bel et bien versées au gouvernement. Dans un cas comme celui-ci, la responsabilité est partagée avec l'entreprise responsable du service de la paie.

Par courriel, un porte-parole de Revenu Québec a écrit : « Si des contribuables souhaitent formuler une demande d'annulation des pénalités et intérêts, ils pourront le faire auprès d'un agent du service à la clientèle. Ces demandes seront analysées en fonction des faits au dossier avec diligence et ouverture, par les personnes responsables. Leur traitement sera également priorisé et centralisé. »

Les entreprises de la région craignent donc de devoir rembourser des sommes qu'elles ont déjà payées. « Payer de l'intérêt sur de l'argent que l'on s'est fait voler, ça n'aide en rien une entreprise à prendre son envol », lance Frédéric Houle, directeur général du CLD d'Antoine-Labelle.

Diligence ministérielle

Le milieu des affaires, tout comme les députés provinciaux et fédéraux des Hautes-Laurentides, implore la clémence des ministres responsables, autant à Québec qu'à Ottawa. « Ce qui nous arrive est exceptionnel », affirme Louise Meilleur, qui s'attend « à des mesures exceptionnelles ». Un avis que partage Sylvain Pagé, le député péquiste de la région.

« Il faut que le ministère du Revenu envoie un message clair, à savoir que les entreprises qui ont été flouées, on ne leur demandera pas de payer à nouveau, ce qui serait indécent », affirme Sylvain Pagé, qui a sollicité une rencontre avec le ministre des Finances et président du Conseil du Trésor, Carlos Leitao.

Au cabinet du ministre Leitao, on affirme ne pas être indifférent. « (...) compte tenu de cette situation particulière, nous nous sommes assurés auprès de Revenu Québec qu'elle mettre en place les dispositifs appropriés pour traiter cet afflux de demandes et assurer un traitement juste, approprié et équitable », explique Audrey Cloutier, attachée de presse du ministre.

Mme Cloutier nous a aussi confirmé que des discussions sont en cours afin de permettre une rencontre, sur le sujet, entre le ministre Carlos Leitao et le député de Labelle, M. Sylvain Pagé.

D'ici là, des entrepreneurs ont déjà adopté des mesures correctives. « On a coupé une employée à temps plein et on a mis deux employés au chômage vendredi dernier », explique Charles Meilleur, propriétaire de Cèdres C. Meilleur et fils.

Un petit milieu

Ce qui ajoute à la crise que vit Mont-Laurier, c'est que les deux entrepreneurs impliqués dans cette fraude présumée sont bien connus dans le milieu. Dans l'extrait d'entrevue qui suit, Charles Meilleur explique que l'un d'eux venait manger à sa table régulièrement.

« J'aime encore mieux être dans mes souliers que dans les leurs », ajoute Louise Meilleur. « Ici, tout le monde se connaît. »

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