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Gestion de l'offre : tempête dans un verre de lait?

La ronde de négociations actuelles entourant le renouvellement de l'ALENA permettra-t-elle de préserver le système de gestion de l'offre dans l'industrie canadienne du lait? C'est ce qu'espère le producteur manitobain Raymond Pelletier.

Un texte de Sylviane Lanthier avec des informations de Marie-Lise Mormina

Les 296 vaches de Raymond Pelletier vivent en paix, bien loin des discussions sur l’avenir de l’ALENA, du stress, des négociations, des incertitudes. Chaque jour, elles produisent les 170 kilos de matières grasses auxquelles la ferme Millenium Holstein de La Broquerie a droit, bien installées dans le système de gestion de l’offre du Canada.

Raymond Pelletier est le propriétaire de cette ferme qu’on se transmet de génération en génération depuis 1886. Si ces petits-enfants prennent la relève, ils en formeront la 5e génération.

Les bénéfices de la stabilité

Si les négociateurs canadiens réussissent à maintenir le système des quotas canadiens en jeu dans les négociations entourant le renouvellement de l’ALENA, la famille de Raymond Pelletier pourra, de son côté, maintenir sa production laitière dans les conditions actuelles, dont le principal bénéfice est de leur apporter une grande stabilité.

Le quota de lait désigné est ce qui dicte la quantité de lait qu’il peut vendre chaque jour. Pour Raymond Pelletier, ce système est le meilleur au monde puisqu’il garantit le prix à la fois pour le producteur et pour le consommateur, en gérant l’offre.

La différence canadienne

Ce système de gestion de l'offre repose sur une planification nationale et régionale de la production, une détermination des prix et un contrôle des importations de produits laitiers. Ces fonctions relèvent de la Commission canadienne du lait.

« Nous, les producteurs, on ne décide pas où va notre lait de jour en jour. Aujourd’hui, j’ai demandé au chauffeur du camion [qui vient chercher son lait] et il m’a dit qu’il allait le livrer à l’usine de Parmalat sur la rue Dugald à Winnipeg. Mais d’autres fois il peut le livrer [à la fromagerie] Bothwell ou ailleurs. »

Les producteurs américains vivent un régime différent : « Aux États-Unis, ils ont des contrats avec des transformateurs pour six mois, un an, trois mois. Il n’y a pas de stabilité », explique-t-il.

Les quotas ont été implantés au Canada il y a environ 50 ans, rappelle Raymond Pelletier. C’est à ses yeux un système qui a fait ses preuves. « On n’a jamais eu besoin d’aide gouvernementale pour nous soutenir », précise-t-il. Et les Canadiens paient leur lait une seule fois, ils ne paient pas en plus de subventions aux producteurs, dit-il.

Raymond Pelletier est persuadé que les négociateurs canadiens sauront convaincre leurs vis-à-vis américains de la nécessité de maintenir la gestion de l’offre. « Nos négociateurs comprennent notre système et ne vont pas reculer [face aux] demandes des Américains », dit-il.

Une industrie en essor

En attendant, l’industrie manitobaine du lait est en plein essor depuis la construction de la nouvelle usine de Parmalat, ouverte depuis peu. Soutenir la demande des transformateurs manitobains occupe toute l’industrie, souligne Raymond Pelletier.

« On est en bonne position dans les deux dernières années. La nouvelle usine à Winnipeg nous donne l’opportunité d’augmenter nos quotas pour fournir cette usine à capacité et si on n’arrive pas à produire, on peut avoir l’aide de l’Alberta et de la Saskatchewan », dit-il.