Si vous cherchez de l'essence à bas prix, Windsor est l'endroit où se rendre. Depuis plusieurs jours, une vingtaine de stations-service de la ville sud-ontarienne affichent les prix les plus bas de la province à moins de 0,90 $ le litre.

Un texte de Marine Lefèvre

Pour Dan McTeague, de GasBuddy.com, on assiste dans cette ville à une véritable guerre des prix menée contre de petits détaillants indépendants par de grandes chaînes de supermarché et des stations qui appartiennent à de grandes raffineries.

« Ces commerces se permettent de perdre 0,12 à 0,13 $ le litre d’essence parce que les consommateurs vont aussi se procurer chez eux d’autres produits qui ont des marges de profit intéressantes », indique-t-il.

Selon lui, c’est une tactique assez fréquente dans la région de Windsor, mais aussi à London et Chatham où les prix restent très bas.

La proximité des États-Unis, où l’essence est moins chère, peut également expliquer le phénomène, mais cette influence est à relativiser particulièrement dans le contexte actuel d’un dollar canadien faible par rapport au dollar américain, précise M. McTeague.

« Aller chercher de l’essence aux États-Unis coûte quelque chose en argent et en temps. Ce n’est pas pour cela que les prix sont tellement bas dans la région de Windsor », souligne-t-il.

Tuer la concurrence

Si cette pratique est avantageuse pour les consommateurs, elle risque de mener à la faillite de nombreux commerces. La baisse du nombre de joueurs dans ce secteur peut avoir par ailleurs un effet sur les prix à long terme.

« À Toronto, cette pratique a tué de nombreuses stations-service indépendantes forcées pendant plusieurs années de vendre l'essence à des prix qui n’étaient pas rentables. Aujourd'hui, la concurrence n’est plus aussi importante. Les prix fluctuent tous les jours et toutes les stations affichent les mêmes prix, ce qui n’est plus avantageux pour les consommateurs », explique l’expert.

Selon M. McTeague, la guerre des prix peut durer pendant des mois.

Un système insoutenable

Roger McKnight, analyste principal produits pétroliers chez En-Pro International, voit les choses différemment.

S’il confirme que le prix de l’essence est utilisé comme leurre pour attirer des clients dans les magasins, il estime que ce phénomène ne pourra pas durer et que les prix à pompe sont appelés à remonter dans les heures ou jours qui viennent.

Il estime par ailleurs que l’influence du marché américain est importante à Windsor et qu’elle justifie en grande partie les fréquentes guerres des prix qui y font rage.

« C’est un facteur énorme. Les consommateurs peuvent traverser facilement. Pour concurrencer les prix américains, les détaillants canadiens baissent leurs prix. Ça ne va pas durer, mais l’influence de Détroit est très forte », analyse-t-il.

Inutile de réglementer

Alors que les Windsorois profitent de prix défiants toute concurrence, d'autres régions paient leur essence toujours plus cher. Dans certains secteurs du nord de la province, les prix affichés montent jusqu'à près de 1,30 $ le litre.

M. McTeague estime néanmoins qu'imposer un prix plafond ne serait pas la solution pour éviter les grandes variations de prix.

« Avant de réglementer, le gouvernement devrait plutôt commencer par avoir une meilleure idée de l’offre et la demande comme cela se fait aux États-Unis. On pourrait ainsi savoir sur quoi les prix sont fondés. Est-ce un manque de production, un marché trop petit, des profits exagérés? On ne sait pas », indique-t-il.

Il cite l'exemple du Nouveau-Brunswick où un prix plafond a été imposé. L'essence y est vendue plus cher alors que les taxes sont plus élevées en Ontario que dans la province des Maritimes.

Roger McKnight est lui aussi opposé à toute réglementation, estimant que l'intervention gouvernementale dans ce secteur est déjà trop importante.

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