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Hausse du taux directeur : peu de conséquences sur les ménages canadiens

Les opérateurs du marché financier s'attendent à ce que la Banque du Canada relève aujourd'hui son taux directeur, de 0,5 % à 0,75 %, après deux ans de stabilité. Déjà, plusieurs banques ont réagi en relevant leur taux hypothécaire. Selon l'économiste de la Banque de Montréal Alexandros Koustas, toutefois, cette mesure risque d'avoir peu de répercussions tangibles sur l'économie des ménages canadiens.

Un texte d'Isabelle Maltais

M. Koustas indique que s’il augmente, le taux directeur demeurera très bas. Il pense que cela ne devrait pas être une entrave au crédit ni à l’investissement en général.

Bien sûr, les propriétaires qui ont une hypothèque devront débourser un peu plus en paiements d'intérêt, puisque les taux hypothécaires ont commencé à augmenter dès la semaine dernière.

La Banque Royale a lancé le bal en annonçant une augmentation de 0,2 % sur les hypothèques à taux fixe pour situer l'hypothèque pour cinq ans à 2,84 %. Le même taux hypothécaire de la Banque de Montréal a pour sa part atteint 2,89 %, lundi.

Cette hausse devrait s’accentuer, affirme Alexandros Koustas, qui s’attend à voir les taux hypothécaires augmenter graduellement de 0,5 % d’ici un an.

Cette majoration des paiements hypothécaires aura une portée psychologique, quoique faible, dit-il, car elle pourrait empêcher entre autres certaines personnes de se lancer dans un premier achat.

« Je crois que pour la plupart des gens ça ne fera pas une grande différence. Mais il faut noter que ça fait sept ans qu’on a vu une hausse du taux directeur, et donc des taux d’intérêt. Alors il y a toute une génération d’acheteurs immobiliers qui n’ont jamais connu ça », estime Alexandros Koustas.

La hausse ne sera pas suffisante pour causer un ralentissement du marché immobilier, croit-il. L’économiste pense plutôt que, pour vraiment mettre un frein aux désirs de certains d'acheter, il faudrait une combinaison d’autres mesures. Par exemple, un autre resserrement des règles du marché immobilier couplé à l'imposition de taxes aux acheteurs, comme l'Ontario l'a fait pour les investisseurs étrangers.

Une économie en santé

Alexandros Koustas souligne que la décision de la Banque du Canada de hausser son taux directeur découle de la vigueur de l’économie canadienne. Avec une création d’emplois florissante, 350 000 de plus depuis les 12 derniers mois, un taux de chômage bas, à 6,5 %, et une croissance du PIB prévue de 2,8 % cette année – qui avait été de 1,5 % en 2016 et de 0,9 % en 2015 –, l’économie est sur une lancée et pourrait commencer à avoir des tendances inflationnistes.

C’est pour éviter justement une montée en flèche de l’inflation que la Banque fera possiblement ce changement mercredi.

« La Banque du Canada croit que l’économie atteindra son plein potentiel dans un an. Elle commence donc à augmenter son taux directeur graduellement, pour pouvoir intervenir plus doucement en cas de surchauffe », souligne Alexandros Koustas.

L’économiste explique que la réaction d’urgence qu’avait eue la Banque du Canada devant la baisse des cours du pétrole en 2014 n’est plus de mise et qu’il est maintenant temps de revenir à des taux plus « normaux ». La Banque du Canada avait dans la foulée abaissé son taux directeur à son bas niveau actuel pour stimuler l’économie.

La hausse des taux ne ralentira pas l’économie, dit-il, mais aura seulement pour effet de corriger certains déséquilibres « dans le marché hypothécaire, mais aussi dans les ventes d’automobiles, qui sont à un niveau record ».

La hausse du taux directeur de mercredi, si elle se concrétise, ne devrait donc pas causer de soubresauts majeurs dans la gestion des finances des consommateurs. Elle retranchera toutefois une somme minime, mais certaine, aux propriétaires de résidences, qui n'auront donc pas le choix de restreindre leur consommation.

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