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Il faut 19 $/h pour vivre décemment dans certaines régions des Maritimes

Pour qu'une famille de deux enfants vive correctement, les parents doivent gagner un salaire d'au moins 19 $ l'heure à Halifax et 18,18 $ l'heure à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, selon une étude rendue publique lundi par le Centre canadien des politiques alternatives.

À Antigonish en Nouvelle-Écosse, l’autre localité examinée dans le cadre de cette étude, un salaire de 17,75 $ l’heure est jugé convenable.

Afin d’alléger le fardeau exercé sur les budgets des familles, le Centre canadien des politiques alternatives encourage non seulement les employeurs à s’assurer que leurs employés soient payés décemment, mais presse les gouvernements d’agir pour établir un meilleur système de garde d’enfants.

Des frais importants pour la garde d'enfants dans les Maritimes

Les coûts pour la garde des enfants sont significatifs aux trois endroits étudiés dans les Maritimes, où ils représentent chaque fois au moins 20 % du budget d’une famille.

Halifax est la communauté où il est le plus cher de vivre, en raison du coût du logement, qui atteint 23 % du budget des ménages. La garde d’enfant vient en second à 22 % du budget, suivi de la nourriture à 15 %.

À 21 %, se loger est le coût le plus significatif pour les familles d’Antigonish, qui consacrent 20 % de leur budget à la garde d’enfants et 16 % à la nourriture.

Les familles de Saint-Jean paient moins pour le loyer et l’électricité. Le logement n’y arrive qu’au troisième rang du budget familial, à 15 %. C’est la garde d’enfants qui occupe la plus grande part du budget, soit 21 %, suivi de la nourriture qui occupe 19 % du budget. On remarque que la nourriture et les vêtements sont beaucoup plus chers à Saint-Jean.

Le transport occupe 10 % du budget familial dans les trois villes étudiées.

C'est un appel pour les employeurs, c'est sûr, de payer des salaires qui sont adéquats pour les familles, mais c'est aussi un appel au gouvernement, explique Christine Saulnier, la directrice du Centre canadien de politiques alternatives en Nouvelle-Écosse (CCPA-NÉ).

Elle insiste qu’un effort concerté est nécessaire. Ce ne sont pas juste les employeurs, ce n’est pas juste le gouvernement, insiste-t-elle.

Les auteurs de l'étude ont calculé ce que doit être un salaire convenable pour deux adultes parents de deux enfants âgés de deux à sept ans. Il s'agit d'un estimé conservateur des dépenses nécessaires citées plus haut, ainsi qu’un fonds d’urgence équivalent à deux semaines de paie. En revanche, il n’inclut pas le remboursement de dettes comme les cartes de crédit, le paiement d’une hypothèque, ou l’épargne pour la retraite ou en prévision de l’achat d’une maison.

Pour une entreprise qui n’a pas les moyens d’augmenter substantiellement le salaire de ses employés, d’accommoder les travailleurs qui ont des enfants est primordial, selon Mme Saulnier, car les conséquences sur ceux-ci sont manifestes.

Si leurs employeurs ne sont pas flexibles, c'est très, très difficile. On voit les employés avoir du stress, avoir des journées où ils ne peuvent pas travailler parce qu'ils ne peuvent pas trouver de la garde d'enfants de qualité, indique-t-elle.

Pour les employeurs, de viser une rémunération convenable pour leurs employés est aussi une proposition gagnante. Des études au Canada et à l’étranger démontrent que les travailleurs dont le salaire atteint un niveau convenable s’absentent beaucoup moins pour cause de maladie et effectuent un travail de meilleure qualité.

S'ils paient le salaire convenable, ils voient que beaucoup de travailleurs restent avec eux, donnent plus de qualité de service, dit Christine Saulnier. Un taux de rétention beaucoup plus élevé des employés, dit-elle, réduit les coûts entraînés par la formation ininterrompue de nouveaux travailleurs.

Des réseaux publics de garde d'enfant nécessaires

Il faut encourager et appuyer les employeurs des Maritimes qui veulent offrir un salaire convenable, croit le Centre canadien des politiques alternatives.

Surtout, il est impératif, à la lueur des résultats de l’étude, que les gouvernements s’engagent à financer et à mettre en place un réseau public de garde d’enfant qui soit de qualité, abordable pour les parents, et ouvert à l’année.

Les auteurs de l’étude reconnaissent les efforts récents des gouvernements provinciaux. En Nouvelle-Écosse, on implantera la prématernelle universelle d’ici 2020. Pour sa part, le Nouveau-Brunswick a annoncé certaines augmentations à son programme de subventions.

Le Centre souligne cependant que seules quelques-unes des familles obtiennent de modestes subventions, et juge que la majorité ne peut trouver réponse à ses besoins dans un ensemble de mesures disparates.