Imprimer, couper, plier, relier : les étapes de fabrication d'un livre passionnent la famille Gauvin depuis 125 ans à Gatineau.

Un texte de Jacaudrey Charbonneau

Alors qu’on prédisait la mort du livre papier il y a quelques années avec l’avènement du numérique, plusieurs acteurs de l’industrie littéraire constatent plutôt le phénomène inverse. Une passion transmise de génération en génération

« Je me souviens quand mon grand-père m'asseyait sur le côté d'une presse en fonction et on regardait la symphonie du papier recevoir son encre », se souvient André Gauvin, qui est la quatrième génération à la tête de l’entreprise Gauvin.

Fondée en 1892 , Imprimerie Gauvin se spécialise dans la manufacture de livres à couverture souple et imprime plus d’un million de livres par année. À travers le temps, l’entreprise a dû traverser plusieurs crises.

En 2009, André Gauvin raconte avoir craint pour son entreprise au moment où le numérique gagnait en popularité.

« J’ai fait une crise cardiaque. Il y avait beaucoup de stress, mais on a réussi à trouver une solution pour s’adapter », raconte-t-il. Cette solution repose entre autres dans l’acquisition de nouveaux équipements et le déménagement de l’entreprise dans une nouvelle usine.

L’entreprise familiale a d’ailleurs obtenu une aide financière, notamment des gouvernements fédéral et provincial afin d’assurer cette transformation.

Le livre papier n’a pas dit son dernier mot

Selon André Gauvin, on assiste à une stagnation de la consommation des livres numériques. « Les dernières statistiques que j’ai consultées démontrent que le marché du livre papier a monté de 7 %, alors que le livre numérique a progressé de seulement 3 % », explique-t-il.

Le choc numérique a bouleversé une panoplie d'industries, mais des libraires et des éditeurs constatent aujourd’hui une remontée en popularité du livre papier.

« Ça va très bien », lance Carl Bessette, coéditeur aux Éditions de l’écrou. « En fin de compte, ce que les gens consomment de nous, ce ne sont pas nos photos sur instagram, ce sont les livres qu'on vend. Puis, tout ça sert à encourager la lecture. Le livre reste le même et les gens ne pourraient jamais avoir une expérience comme on leur offre avec autre chose que le livre », a-t-il lorsque rencontré au Salon du livre de l’Outaouais.

Jean-Philip Guy, copropriétaire de la Librairie du soleil abonde dans le même sens. « C’est un peu comme le retour du vinyle. Le vinyle, c’est ce qui a duré dans l’industrie de la musique parce que c’est un support matériel qui offre une plus-value. C’est la même chose avec le livre papier », conclut-il.

La rareté du papier : l’autre défi

La fin de l’impression de journaux a engendré la fermeture de plusieurs usines à papier. André Gauvin concède aussi devoir conjuguer avec cette nouvelle réalité.

« Il y a seulement deux moulins de papier au Canada qui font du papier fin. Pour cette raison, on est contraint de se procurer certains types de papier aux États-Unis », affirme-t-il.

Cependant, André Gauvin assure qu’il n’achètera jamais de papier en Chine. « C’est contre nos principes d’acheter du papier chinois! On n’a aucune idée de leur réglementation en terme d’exploitation des forêts, etc. », confie l'entrepreneur.

Ce fleuron de l'Outaouais a tout de même réussi à s'imposer aux États-Unis, en Europe et ailleurs au pays, mais a surtout réussi à perdurer pendant plus d'un siècle.