Je réfléchis tout haut avec vous. Il est sincèrement difficile d'expliquer les véritables enjeux économiques quand le jeu politique partisan prend toute la place. Honnêtement, j'ai tenté lundi de faire ressortir que ce qui est vraiment préoccupant en ce moment, ce n'est pas le déficit fédéral qui est plus imposant que prévu et ce n'est pas de trouver un coupable - les conservateurs, les libéraux, les mouches à feu un coup parti - mais c'est bien l'économie qui ralentit.

Un texte de Gérald Fillion

C'est ça que les économistes tentent de mettre en lumière pour nous faire bien comprendre que le défi du Canada n'est pas celui de bien gérer ses finances publiques, mais il est économique. Où va ce pays sur le plan économique? C'est de ça qu'il faut parler.

On peut passer beaucoup de temps à dire que 4 milliards, 18 milliards et 30 milliards de déficit, c'est grave ou ce ne l'est pas. Au final, le Canada sera encore dans le top cinq des pays dont les finances publiques sont les meilleures du monde : déficit mineur par rapport à l'économie, dette la plus faible du G7 et meilleure cote de crédit du monde.

On peut passer aussi beaucoup de temps à dire que les libéraux utilisent des tactiques budgétaires en s'appuyant sur la faiblesse de l'économie pour justifier des déficits plus grands. C'est bien mal comprendre ce qui est en train de se passer. Le jeu des libéraux, il est à un endroit : il vient de gonfler sa marge de prudence de 3 à 6 milliards de dollars par rapport à sa mise à jour de novembre. Ainsi, sur les 12,2 milliards de dollars de revenus budgétaires qui ont disparu avec le ralentissement de l'économie depuis 3 mois, il y a 3 milliards qui sont allés dans la marge de prudence. Le reste, l'économie qui ralentit, c'est 9,2 milliards.

Alors, une fois qu'on a fait un débat sur la faiblesse relative du déficit et sur l'affrontement partisan qui amène plus de brouillard que de lumières, il nous reste quoi? Il nous reste une baisse de 9 milliards des revenus budgétaires parce que l'économie ralentit. La croissance ne sera pas de 2 % en 2016, elle sera de 1,4 %, selon les prévisions. Le prix moyen du baril de pétrole ne sera pas de 54 $ US tel qu'annoncé en novembre, il sera de 40 $ US. Le taux de chômage ne sera pas à 6,8 %, mais à 7,1 % cette année.

Et comme l'expliquait l'économiste Jean-Pierre Aubry à RDI économie lundi soir, le Canada est engagé dans une lente croissance qui illustre une chose fondamentale : l'économie du Canada doit changer, doit s'extirper de sa dépendance à la vieille économie des ressources pour mettre l'accent sur l'innovation et la productivité. Et comme me le disait encore l'économiste François Delorme dans un courriel lundi, le Canada sera capable de réduire sa dette par rapport à son économie malgré les déficits qui s'en viennent. Et c'est ça qui est important : si l'économie croît plus rapidement que le déficit, la dette du Canada va continuer de baisser.

C'est d'économie dont il faut parler. « It's the economy, stupid! », disait James Carville, conseiller de Bill Clinton en 1992, pour souligner combien l'économie était l'enjeu fondamental. C'est exactement ce qui doit nous préoccuper, au premier plan, en ce moment.