Donald Trump a reproché à la présidente de la Réserve fédérale américaine d'avoir maintenu les taux à un trop bas niveau depuis le début de son mandat dans le but d'avantager Barack Obama et les démocrates en vue de l'élection du 8 novembre dernier. Le candidat républicain, aujourd'hui président désigné, accusait Janet Yellen de participer à une stimulation artificielle de l'économie avec une politique monétaire trop expansive.

Aujourd’hui, maintenant que l’élection est passée, Donald Trump réserve ses énergies à d’autres tâches alors que Janet Yellen continue de gérer sa politique monétaire. Elle a annoncé, mercredi, une première hausse du taux directeur de la Réserve fédérale en 2016, une deuxième seulement au cours des 10 dernières années.

Les membres de la Fed ont surtout annoncé qu’ils entrevoyaient une accélération de la hausse du taux directeur, bien que la montée va demeurer progressive. Ainsi, en 2017, on prévoit trois hausses de taux, alors qu’en 2018 il y en a deux qui sont envisagées. Quelque part après 2019, la banque centrale vise à stabiliser son taux directeur à 3 %.

La réponse de Janet Yellen au président désigné

Janet Yellen ne veut pas répondre directement aux déclarations de Donald Trump répétant inlassablement que la Réserve fédérale est indépendante du pouvoir politique. Elle ne pense pas à la suite des choses, a-t-elle dit mercredi, après la fin de son premier mandat de 4 ans en 2018, elle reste concentrée sur sa politique monétaire.

Mais que dit-elle exactement? Deux choses. D’abord, nous allons évaluer les effets de la stimulation fiscale qu’envisage Donald Trump, a dit la présidente de la Réserve fédérale. Janet Yellen n’est pas convaincue que l’économie américaine ait particulièrement besoin d’être stimulée en ce moment. Mais, si c’est le cas, il faut donc envisager une hausse peut-être un peu plus rapide du taux directeur, plus rapide que les cinq hausses aujourd’hui prévues en 2017 et en 2018.

Elle affirme aussi que la crise financière nous a fait comprendre qu’il était essentiel d’encadrer les banques. Et, sur ce point, elle semble se placer en porte-à-faux avec Donald Trump, qui a promis de déréglementer Wall Street, générant d’ailleurs une forte poussée boursière depuis son élection, en particulier dans le secteur financier où Bank of America et Goldman Sachs ont progressé de plus de 30 % en un mois.

« Je pense qu’il y a une confrontation qui s’en vient entre les visions de l’administration Trump et les visions de la Réserve fédérale sur la réglementation bancaire » nous a dit l’économiste Clément Gignac mercredi soir à RDI économie. Janet Yellen « dit qu’on doit tirer les leçons de 2008-2009 et il y a des raisons pour lesquelles il y a de la réglementation en place ».

Si Donald Trump veut défaire des règles bancaires, il devra convaincre les membres du Congrès d’appuyer son projet. « Il y aura des audiences publiques, a dit Clément Gignac, et la Réserve fédérale sera invitée à donner son point de vue. Et là, c’est un jeu de crédibilité. [...] Il suffit qu’il y ait trois sénateurs républicains qui soient en désaccord avec M. Trump et il n’y a pas de changements à la réglementation. »

Figure de résistance?

D’un côté, nous avons un président qui veut baisser les impôts, stimuler l’économie et réduire l’encadrement réglementaire de Wall Street. De l’autre, nous avons une banque centrale qui évalue son intervention à un moment où l’économie américaine semble avoir retrouvé son erre d’aller et qui cherche à maîtriser les risques qui pèsent sur l’économie.

Pour la Réserve fédérale, au moment où on arrive à 2017, la gestion de la crise de 2008 se poursuit toujours. C’est donc avec beaucoup de prudence que la banque centrale avance alors que Donald Trump ressemble davantage à un éléphant qui entre dans une boutique de porcelaine!

Certaines politiques du futur président, bien que génératrices de croissance, comportent leur part de risques. On pense à la dette, aux règles bancaires et à l’excès de stimulation de l’économie. De toute évidence, Janet Yellen et les membres de la Réserve fédérale ne sont pas convaincus que ce programme soit le plus approprié, au bon moment, pour l’économie américaine.

Et alors, tout en respectant le langage diplomatique habituel des banques centrales, Janet Yellen pourrait-elle devenir, finalement, une sorte de figure de résistance à Donald Trump?

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