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Jusqu’où Michael Sabia veut-il transformer la Caisse?

« No drama Sabia » écrivait mon collègue Konrad Yakabuski dans le Globe and Mail vendredi matin pour parler du règne sans faille, jusqu'à maintenant, du PDG de la Caisse de dépôt et placement après la catastrophe de 2008. Avec un rendement de 10 % par année en moyenne depuis qu'il est en poste, Michael Sabia est parvenu à établir une stratégie efficace, difficilement contestable, saluée d'ailleurs par le gouvernement et par l'opposition.

Une analyse de Gérald Fillion

Le mantra de Michael Sabia n’a pas changé au fil des années : robustesse, résilience, « la prudence est de mise, a-t-il dit, mais prudence ne veut pas dire inaction ».

C’est vrai que le rendement pour 2016 peut paraître un peu décevant à 7,6 %. C’est une troisième année de baisse, la stratégie d’investissements en actions mondiales a déçu au cours de la dernière année, les obligations rapportent peu et la Caisse fait moins bien que le fonds ontarien OMERS, ce qui est assez rare.

Mais les choix de l’équipe Sabia, qui sont ceux d’axer le développement sur des projets sûrs, moins liquides, mais porteurs d’avenir, donnent des résultats stables. Les immeubles, les infrastructures, plusieurs placements privés sont payants.

Pourquoi ralentir au Québec?

Il est étonnant, en retour, de voir la Caisse ralentir ses investissements au Québec.

En 2012, les investissements et engagements au Québec ont grimpé de 5,9 milliards de dollars. L’année suivante, en 2013, l’argent frais pour le Québec est passé à 3,6 milliards. Ensuite, en 2014, la Caisse a réduit encore son investissement supplémentaire au Québec, à seulement 2,5 milliards, puis à 2,2 milliards en 2015. Pour 2016, la Caisse de dépôt annonce avoir dégagé 2,5 milliards de dollars supplémentaires en investissements au Québec.

Oui, les investissements de la Caisse augmentent, mais la croissance est plus faible que par le passé et le poids des investissements québécois baisse par rapport au total de l’actif net. Est-ce une bonne stratégie? La Caisse connaît son marché local et a toujours gagné à choisir des champions québécois et des projets structurants pour l’économie. Devrait-elle en faire plus? Et peut-on croire qu’elle en profiterait davantage?

Le virage international de la Caisse a été payant, mais en 2016, au chapitre des actions mondiales, il a été décevant. La baisse de valeur de plusieurs devises internationales par rapport au dollar canadien a nui à son rendement.

Et qu'en est-il du REM? Et des énergies fossiles?

Michael Sabia ne cesse de réduire les attentes. Dans sa communication vendredi, il a dressé une liste importante de risques géopolitiques : Donald Trump, Vladimir Poutine, Kim Jong-un, Marine Le Pen, le Brexit, la crise des migrants, le ralentissement de la Chine et j’en passe.

Surtout, il pose la question : les marchés sont-ils complaisants? Les taux sont très faibles, les bourses sont au plus haut, la volatilité est faible et la confiance est élevée. Ne sommes-nous pas en train de surestimer notre bien-être?

Cela dit, il serait intéressant que la Caisse explique davantage les effets du Réseau électrique métropolitain (REM) sur les finances publiques et l’achalandage. Des questions demeurent sans réponses, surtout sur le rendement qui sera octroyé à la Caisse dans le projet. Peut-on dire oui au REM sans connaître le chiffre de rendement de la Caisse, ce qui aura une conséquence directe sur les coûts du projet pour les contribuables québécois? Peut-on dire oui AVANT de connaître le rendement?

Et puis, on voit bien que la Caisse de dépôt profite de la remontée des cours du pétrole. Mais ne serait-il pas venu le temps d’amorcer une réflexion sur son investissement dans les énergies fossiles, comme l’ont fait des milliers d’investisseurs, des fondations, des municipalités, des gouvernements? Le grand fonds norvégien a décidé de retirer ses investissements dans le charbon. Qu’attend la Caisse à ce chapitre?

Michael Sabia a établi des standards d’excellence à la Caisse. Son mandat a été prolongé jusqu’en 2021. Il a du temps pour rendre l’institution encore meilleure!

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