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L'accès au fleuve au coeur du projet de revitalisation du Vieux-Port

La mise en valeur du silo no 5 et la création d'un accès plus direct au fleuve Saint-Laurent sont certains des principaux éléments du plan de revitalisation du Vieux-Port de Montréal, dont la version préliminaire a été dévoilée lundi.

Le plan directeur élaboré par le cabinet d’architectes Daoust Lestage prévoit notamment la création d'une promenade verte abaissée de manière progressive, des passerelles, mais aussi des ponts et de grandes marches dans le but de rapprocher les visiteurs de l’eau. Le public pourrait visiter chacun de ces point d'accès grâce à un parcours en boucle étendu sur six kilomètres.

Dans le secteur est du Vieux-Port, le quai de l’Horloge devrait être occupé par des établissements culturels, sociaux et récréotouristiques. À l'ouest, un nouveau quartier – où se côtoieraient résidences, commerces et hôtels, devrait également quant à lui voir le jour, dans le secteur de la Pointe-du-Moulin.

Le plan de revitalisation prévoit aussi la mise en place d'un nouveau point d'observation en hauteur sur le silo no 5, célèbre élément du patrimoine industriel de la métropole, qui devrait offrir une vue « spectaculaire » sur le reste de la ville.

Le Vieux-Port de Montréal est le site récréotouristique le plus fréquenté au Québec.

Pour Renée Daoust, l'architecte qui a planché sur le projet, le plus important était de créer des ponts entre les différents secteurs du Vieux-Montréal, qui interagissent mal entre eux actuellement, selon elle.

Miser sur l'avenir

Ces nouveaux efforts pour revitaliser le Vieux-Port ont été salués par Dinu Bumbaru, directeur des politiques chez Héritage Montréal, un organisme sans but lucratif qui oeuvre à promouvoir et à protéger le patrimoine de la métropole.

« C’est une très bonne idée », dit-il, en rappelant que l'avenir du Vieux-Port fait l’objet de chaudes discussions depuis quelques années. La dernière opération de revitalisation remonte en effet à 1992, à l'époque du 350e de la Ville de Montréal.

« C’est un leg du 350e alors 25 ans après, il est temps de prendre un peu la mesure du succès et de travailler aux opportunités d’avenir », précise M. Bumbaru, qui a été consulté dans le cadre de ce projet.

« Pour nous ce qui est important, c’est la valeur civique de ce territoire-là. Ce n’est pas un terrain à commercialiser, à privatiser donc il y a une valeur d’actif public. Et il y a aussi une qualité d’aménagement qui est un enjeu important pour l’avenir », ajoute-t-il.

Dinu Bumbaru se réjouit de voir que la réappropriation des berges a été mise de l'avant dans le plan présenté lundi matin.

Selon lui, la proposition la plus prometteuse est celle d’abaisser le niveau des quais dans le cadre du grand parcours. Il croit que cela constituerait une bonne façon de mettre en valeur le « caractère maritime » du site.

M. Bumbaru croit aussi que les efforts de revitalisation doivent s’accompagner de mesures concrètes pour préserver les édifices patrimoniaux tels que le silo no 5. Il rappelle que son organisme réclame depuis plusieurs années l’installation d’un ascenseur public dans la structure pour permettre à la population de l’explorer.

En activité de 1903 à 1994, le silo no 5 a servi à l'entreposage du grain provenant de l'Ouest canadien en vue de son exportation en Europe. Son bâtiment le plus imposant fait 186 mètres de longueur sur 60 mètres de hauteur.

Dinu Bumbaru estime toutefois que l’élément le plus important à préserver est le panorama.

« On a évité à Montréal ce qui s’est fait à Québec ou à Toronto où on a construit beaucoup de choses entre la ville et le fleuve. À Montréal c’est demeuré un espace ouvert et on a même sacrifié du patrimoine industriel pour dégager [la] vue », relate-t-il.

« Les vues qu’on a du Vieux-Port sur la chapelle du Bonsecours, sur l’île Sainte-Hélène, sur le pont Jacques-Cartier, sur le canal Lachine…ce sont des éléments significatifs qui méritent d’être mis en valeur », conclut M. Bumbaru.

Le gouvernement fédéral, propriétaire du site du Vieux-Port, investira 175 millions de dollars sur 10 ans pour le réaménagement. La mise en valeur du silo no 5 et la construction d'hôtels, de commerces et d'immeubles d'habitation seront confiées au secteur privé.

Le projet sera soumis à des consultations publiques; la première doit d'ailleurs débuter ce soir. Dinu Bumbaru presse les Montréalais de s'intéresser aux discussions en rappelant qu'ils ont là une occasion de façonner le Vieux-Port à leur image.

M. Bumbaru a décrié l'absence de représentants de la Ville de Montréal au moment du dévoilement du plan de revitalisation.

« Ce qui va se faire à cet endroit-là, ça va durer deux générations alors il faut que ce soit bien fait [...] En 1986 et en 1992, les Montréalais ont exigé que les [paliers fédéral et municipal] se parlent et pas juste pour faire des projets de politiciens, mais bien pour faire un projet collectif », martèle-t-il en rappelant la responsabilité des citoyens.

L'équipe qui pilote le projet devrait déposer un plan final à l'automne.

Avec des informations de Jean-Sébastien Cloutier

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