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L'aérospatiale, nouvelle locomotive de l'économie de l'Î.-P.-É.

L'endroit est tout ce qu'il y a plus anonyme. Une constellation de hangars au milieu des champs de pommes de terre. C'est là, sur cette ancienne base aérienne des Forces canadiennes, que se développe la nouvelle économie de l'Île-du-Prince-Édouard.

Un texte de François Pierre Dufault

Voilà bientôt trois décennies que l'industrie aérospatiale a remplacé l'armée de l'air sur le site de Slemon Park, à Summerside.

Cette industrie qui n'a rien de traditionnel à l'Île-du-Prince-Édouard est pourtant celle qui connaît la plus forte croissance dans la province insulaire, devançant même l'industrie touristique.

Le député fédéral Robert Morrissey était ministre de l'Industrie dans le gouvernement provincial de Joe Ghiz lorsque le gouvernement fédéral a annoncé la fermeture de la base militaire en 1989. C'est lui qui a hérité de l'épineux dossier qu'était, à l'époque, le réaménagement du site dont dépendait près du tiers de la population de Summerside et des environs.

« C'était un pari risqué », reconnaît Robert Morrissey. « C'était quelque chose de nouveau. Quelque chose d'inconnu. Et il faut l'avouer, les gouvernements ne prennent pas toujours les bonnes décisions. Il y avait beaucoup de scepticisme. Mais nous avons réussi », ajoute le député fédéral d'Egmont, une circonscription qui englobe tout l'ouest de l'île.

L'idée de faire de l'ancienne base aérienne un pôle de l'industrie aérospatiale est venue de l'homme d'affaires Don McDougall, un Insulaire qui a été président des brasseries Labatt et l'un des fondateurs de l'équipe de baseball des Blue Jays de Toronto.

Des hauts et des bas

Depuis sa transformation en parc industriel, Slemon Park a connu des hauts et des bas. En 2016, le fabricant de pièces d'avions Testori y a fermé son usine qui a déjà employé jusqu'à 150 personnes.

Il existe toutefois un consensus à Summerside selon lequel la ville est plus prospère qu'elle ne l'aurait été si la base était demeurée ouverte. D'après certaines estimations, l'aérospatiale ajoute près de 150 millions de dollars par année à l'économie de l'Île-du-Prince-Édouard et fournit du travail à quelque 1100 personnes, directement ou indirectement.

L'entreprise MDS Coating Technologies s'est installée à Slemon Park en 2003. Elle emploie aujourd'hui près de 80 personnes. Ses clients figurent parmi les plus grands constructeurs de moteurs d'avions au monde. Son produit : un revêtement spécial pour les moteurs qui prévient la corrosion.

Lundi, l'entreprise a reçu une subvention de 3,2 millions de dollars du gouvernement fédéral pour l'achat d'une imprimante métallique 3D, notamment.

Accès aux subventions gouvernementales

L'accès aux subventions gouvernementales, c'est justement ce qui a motivé dans un premier temps MDS Coating Technologies à s'installer à Summerside. Une décision « facile », selon le président de l'entreprise, Philippe Rodger.

Même son de cloche du côté de Jeff Poirier, le président de StandardAero, anciennement Vector, l'un des plus anciens locataires de Slemon Park. Son entreprise comptait une douzaine d'employés à ses débuts. Elle en compte aujourd'hui près de 450. Et elle prévoit créer une cinquantaine de nouveaux emplois dans un proche avenir.

Il faudra d'abord faire plus de place dans les locaux de StandardAero. L'ancien hangar #8 qu'occupe l'entreprise sera donc agrandi au coût de 5 millions de dollars. Les travaux seront financés entièrement par les gouvernements fédéral et provincial.

« Nous avons annoncé beaucoup d'argent pour l'industrie aérospatiale qui est très importante pour cette région. En même temps, ces investissements vont créer beaucoup d'emplois. C'est une vision d'avenir pour l'Île-du-Prince-Édouard », affirme le ministre fédéral Navdeep Bains, qui est responsable de l’Agence de promotion économique du Canada atlantique.

Dans une province où bon nombre d'emplois sont saisonniers, dans les domaines de la pêche et du tourisme, notamment, une industrie comme l'aérospatiale amène des emplois à longueur d'année et généralement bien rémunérés.

Redéfinir le postsecondaire

« Il faut demeurer concurrentiel », insiste le premier ministre insulaire Wade MacLauchlan, qui se dit convaincu que la plus petite province a tous les atouts pour réussir dans le domaine de l'aérospatiale. « Nous avons une main-d'oeuvre talentueuse et des compagnies de calibre mondial. »

Le site de Slemon Park est aussi en train de redéfinir l'enseignement postsecondaire à l'Île-du-Prince-Édouard. Les programmes de génie se développent à vue d'oeil et les occasions de stages qui débouchent sur de bons emplois se multiplient, affirment des diplômés.

« Le fait d'avoir une industrie aérospatiale est excellent pour nous. Ça veut dire que nos étudiants ont des emplois disponibles à la fin de leurs études », explique Grant McSorley, de l'école de génie de l'Université de l'Île-du-Prince-Édouard.