Le premier budget du gouvernement néo-démocrate de l'Alberta prévoit un déficit de 6,1 milliards de dollars, un record pour cette province qui tire une grande part de ses revenus des ressources naturelles. Pour maintenir les services, des emprunts et des hausses de taxes sont prévus.

Un texte de Geneviève Normand

Ce déséquilibre financier dans les coffres de l'Alberta est directement lié à la spectaculaire chute des cours pétroliers. À la fin de l'été, le prix du baril de pétrole nord-américain est passé sous la barre des 40 $US, un prix qui porte un dur coup aux finances provinciales.

Quand Rachel Notley et ses troupes néo-démocrates ont pris le pouvoir à l'Assemblée législative le 5 mai dernier, les coffres de l'Alberta étaient déjà à sec. En fait, les progressistes-conservateurs avaient eux aussi présenté un budget déficitaire en mars dernier. Le manque à gagner anticipé par l'ex-premier ministre Jim Prentice était toutefois de 5 milliards de dollars.

En raison des bas prix de l'or noir et de la faiblesse de l'économie, le gouvernement de Rachel Notley prévoit que le déficit perdurera encore quelques années. Le retour à l'équilibre budgétaire est prévu pour 2019-2020.

L'opposition officielle Wildrose a dénoncé le déficit historique et qualifié les hausses de certaines taxes de « gifle au visage pour l'Albertain moyen ».

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Taxes : les produits du tabac et de l'alcool plus chers

Pour augmenter leurs revenus, les néo-démocrates ont choisi d'augmenter à nouveau les taxes liées aux « vices », comme l'avait fait en mars Robin Campbell, l'ancien ministre des Finances sous le gouvernement Prentice.

Le gouvernement actuel hausse à nouveau le prix des cartons de cigarette et des produits alcoolisés. Il prévoit pouvoir empocher 254 millions de dollars de plus en 2016-2017 par l'ajout de nouvelles taxes. Ces hausses seront en vigueur d'ici le 1er novembre. La taxe sur les assurances sera elle aussi revue à la hausse.

Nouvelle loi pour permettre l'endettement

Pour la première fois en plus de 20 ans, le gouvernement de l'Alberta empruntera de l'argent pour payer ses dépenses courantes. Il devra modifier la loi de l'ex-premier ministre Ralph Klein, qui interdisait ce genre d'endettement. La dernière fois que la province s'est endettée pour payer ses dépenses remonte à 1993-1994, période où les progressistes-conservateurs dirigeaient l'Alberta.

Le budget 2015-2016, intitulé The Alberta Way, prévoit des revenus de 43,8 milliards de dollars, soit 11,5 % de moins que l'année précédente. Les dépenses, elles, demeurent relativement stables par rapport au précédent budget. Elles sont estimées à 49,9 milliards de dollars.

Une des grandes dépenses concerne les infrastructures. Les néo-démocrates ont prévu investir 34 milliards de dollars sur cinq ans pour réparer des routes, construire des écoles et agrandir des hôpitaux partout en province.

Ce plan pour les infrastructures, qui promet aussi d'améliorer les services de transport en commun, a été décrit par le ministre des Finances, Joe Ceci, comme « l'un des investissements les plus ambitieux de l'histoire de l'Alberta ».

L'économiste David Caron estime que ces investissements se font à un moment propice. « Les dépenses en infrastructures ont toujours été vues comme étant un bon moyen de générer de l'emploi, a-t-il dit. C'est peut-être un bon moment pour le faire aussi, dans l'optique où le secteur de la construction est un petit peu au ralenti en Alberta ».

Santé : pas de compressions

Le domaine de la santé reçoit la plus grande part du budget. Près de 40 % des dépenses du gouvernement y sont reliées.

L'argent accordé à ce secteur sera d'ailleurs majoré de 4 % en 2016-2017. Le gouvernement a prévu du financement pour les soins longue durée, les soins à domicile et les services offerts en santé mentale.

« Nous allons maintenir les services au public, a réaffirmé le ministre des Finances, Joe Ceci. Nous ne voulons pas réduire le nombre d'infirmières ou d'enseignants ».

Éducation : plus d'enseignants dans les écoles

Vu la population grandissante en Alberta et les taux d'inscriptions à la hausse dans les écoles, la province dit vouloir résoudre le problème du nombre d'élèves par classe. Il prévoit l'embauche de 380 enseignants et 150 membres du personnel de soutien.

Un nouveau programme scolaire de nutrition devrait aussi voir le jour, et 4 millions de dollars sont dépensés à compter de 2016-2017 pour réduire les coûts indirects que payent les familles pour l'éducation de leurs enfants.

En ce qui concerne l'éducation postsecondaire, le gouvernement Notley gèlera les frais de scolarité pour une période de deux ans afin d'améliorer l'accessibilité. Le budget prévoit également 228 millions de dollars en 2015-2016 pour des programmes d'aide aux étudiants, lesquels devraient fournir de l'aide financière à plus de 50 000 étudiants.

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« J'ai l'impression de lire un budget conservateur »

Selon l'économiste au centre collégial de l'Alberta David Caron, le budget Ceci s'apparente davantage à un budget conservateur qu'à un budget néo-démocrate.

« Avec un gouvernement néo-démocrate, on se serait attendus à davantage d'investissements en santé, en éducation et dans les programmes sociaux », croit-il.

Monsieur Caron estime que les finances de l'Alberta sont trop dépendantes du système de redevances énergétiques. Il a rappelé que les choses vont bien quand le prix du pétrole est élevé, mais quand le prix du pétrole est bas, les finances se corsent.

Mardi en mi-journée, le pétrole nord-américain se transigeait 43 $US sur les marchés.

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