Retour

L'ALENA se doit d'être moderne et progressiste, dit Freeland

La ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland a dévoilé, lundi, les objectifs du Canada en vue de la modernisation de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), dont les négociations avec les États-Unis et le Mexique s'amorcent dans deux jours à Washington. 

Chrystia Freeland a, dans un premier temps, promis de défendre les intérêts des Canadiens contre les visées protectionnistes de l'administration américaine, qui a imposé cette renégociation.

Elle a cependant reconnu l’importance de moderniser un accord, entré en vigueur il y a 23 ans, pour mieux l’adapter aux nouvelles réalités technologiques et numériques du commerce.

« Voilà pourquoi nous modernisons l’ALENA. Voilà pourquoi nous saisissons cette occasion d’améliorer un accord qui est déjà bon », a-t-elle déclaré dans son discours à l'Université d'Ottawa.

Mais tant qu’à rouvrir l’entente, celle-ci se doit d’être plus progressiste, a-t-elle poursuivi. La ministre Freeland propose notamment d’y ajouter ces quelques éléments :

  • insérer de solides mécanismes de protection relatifs au travail;
  • intégrer des mesures de protection de l’environnement;
  • ajouter deux nouveaux chapitres, l'un sur les droits en matière d’égalité entre les sexes et l'autre sur les Autochtones;
  • réformer le processus de règlement des différends entre investisseurs et États.

Ces pistes de travail représentent, selon Chrystia Freeland, « la façon dont nous garantissons que l’ALENA modernisé sera un accord de libre-échange exemplaire et aussi un accord commercial équitable ».

Les autres objectifs de négociation du Canada comptent en outre une réduction des lourdeurs administratives pour les entreprises, comme le souhaitent déjà les États-Unis, des marchés publics plus libres et des déplacements plus simples entre les pays pour les représentants d’entreprise.

Enfin, le Canada défendra des mesures déjà incluses dans l’accord actuel, comme son système de gestion de l’offre et le mécanisme de règlement des différends. Ottawa s'engage aussi à conserver l'exception « visant à préserver la culture canadienne ».

La première de sept rondes de négociations se tient de mercredi à dimanche à Washington. Par la suite, les délégations des trois pays se réuniront à nouveau au Mexique à compter du 10 septembre. L'objectif est de conclure une entente modernisée au début de l'an prochain.

« Nous sommes enthousiastes à l’idée de commencer à travailler, a assuré la ministre, surtout parce que nous savons que l’incertitude n’est jamais une bonne chose pour notre économie. »

Le travail a cependant commencé bien avant, a-t-elle aussi tenu à rappeler. En effet, la renégociation de l’ALENA était devenue, dès l’été 2016, un des enjeux de la campagne présidentielle américaine.

Moments de tension inévitables

Chrystia Freeland a cependant reconnu que les mois à venir s’annonçaient difficiles et que les négociations seraient parsemées d’embûches.

Les États-Unis s’en sont, par exemple, déjà pris par le passé au système canadien de gestion de l’offre.

Les normes environnementales du Canada sont aussi beaucoup plus élevées qu'il y a 20 ans. Les mesures qu'Ottawa souhaite voir s’ajouter à l’ALENA pourraient donc refroidir l’administration américaine, qui s’est retirée de l’Accord de Paris.

« Nous nous présenterons à la table en faisant preuve de bonne volonté […] Toutefois, nous nous engageons à conclure un bon accord, pas n’importe quel accord. Pour nous, c’est essentiel », a insisté la ministre.

Hors de question aussi pour le Canada de renoncer au chapitre 19 de l'ALENA sur le règlement des différends. En cas de conflit, comme ce fut le cas par le passé sur le bois d'oeuvre, le Canada et les États-Unis peuvent demander à un tribunal de trancher. Or, l'administration américaine voudrait pouvoir se débarrasser de ce panel indépendant, qui a souvent donné raison au Canada.

« Nous comprenons l'importance d'un tel mécanisme et nous devons aussi le faire comprendre aux États-Unis », a précisé Chrystia Freeland.

« Si les choses tournent mal, il est toujours possible de rentrer à la maison », a ajouté la ministre, en évoquant le moment où elle a quitté la table de négociations devant les réticences du gouvernement wallon à se joindre à l'accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne.

Longue histoire commerciale canado-américaine

La ministre Freeland a ouvert son discours sur l’ALENA avec une longue métaphore sur la guerre anglo-américaine de 1812, où les Américains ont choisi, selon elle, de ne pas envahir la vallée du Saint-Laurent en raison de leurs forts liens commerciaux avec le Canada.

« Tout combat aurait eu une incidence néfaste sur le commerce », a-t-elle déclaré, ajoutant que les commerçants à la frontière ont exercé une pression sur Washington.

Chrystia Freeland a aussi rappelé l’importance du commerce entre les deux pays, deux siècles plus tard. Elle a notamment cité des entreprises, telles que Magna, Pratt & Whitney et Precision Drilling, qui emploient autant des Canadiens que des Américains et qui brassent des affaires des deux côtés de la frontière, et même avec le Mexique.

« Les relations économiques entre le Canada et les États-Unis sont les plus importantes, les plus efficaces et les plus mutuellement avantageuses du monde entier. Nous le savons. Nos voisins américains le savent aussi », a-t-elle martelé.

La zone de libre-échange nord-américaine est la plus grande zone économique au monde, alors que le Canada, les États-Unis et le Mexique, qui n’abritent que 7 % de la population mondiale, représentent à eux seuls le quart du produit intérieur brut de la planète.

À eux seuls, les échanges entre le Canada et les États-Unis se sont élevés à environ 500 milliards de dollars en 2016.

Plus d'articles

Commentaires