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L’ancien empire maritime de Paul Martin au cœur des Paradise Papers

L'entreprise navale Canada Steamship Lines (CSL), dirigée pendant de nombreuses années par Paul Martin, a continué à croître dans les paradis fiscaux après qu'il eut quitté la politique. L'homme d'affaires et ex-politicien libéral n'y voit rien de bien surprenant.

Un texte de Daniel Blanchette Pelletier

Cet empire du transport maritime, dont il a cédé le contrôle à ses fils avant de devenir premier ministre du Canada en 2003, est l’un des plus importants clients d’Appleby, selon un échange de courriels retrouvé dans les Paradise Papers.

Le cabinet d’avocats Appleby est au cœur de la fuite d’information massive révélée au monde entier dimanche par le Consortium international des journalistes d’enquête (ICIJ) et ses partenaires médias, dont fait partie Radio-Canada.

 La présence de CSL dans les paradis fiscaux était déjà bien connue à l'époque où Paul Martin était ministre des Finances (1993-2002) et même premier ministre (2003-2006).

Les documents analysés par CBC et le Toronto Star montrent cependant que d’autres filiales de CSL ont été créées sous la direction de ses fils. Elles semblent avoir été mises sur pied pour enregistrer des navires.

L’une des filiales, Ocean Lines, a comme adresse de référence les bureaux de CSL dans la métropole. Un document d’Appleby indique cependant que CSL préfère recevoir « peu ou aucune correspondance » à Montréal de la part des administrateurs de la société. On préfère le téléphone.

CSL n’a pas répondu aux questions portant spécifiquement sur les fonctions de ses filiales dans les paradis fiscaux, ni sur les avantages fiscaux qu'elles pourraient lui procurer.

La porte-parole Brigitte Hébert a cependant indiqué que l'entreprise respecte les lois partout où elle fait affaire. En tant que compagnie privée, ajoute-t-elle, CSL « ne rend pas publique l’information sur ses propriétés ».

Liberia, Barbade, Bermudes

Dans les années 90, CSL avait fait la manchette pour l’utilisation du Liberia – un paradis fiscal – comme pavillon de complaisance pour plusieurs navires dans sa flotte.

La plupart des activités internationales de l’entreprise se faisaient également, à l’époque, à la Barbade, où le taux d’imposition des compagnies étrangères se limite à 2,5 %.

Les Paradise Papers révèlent d’ailleurs qu’une demi-douzaine de filiales enregistrées là-bas ont été transférées aux Bermudes en 2012 et en 2013. Le taux d'imposition y est nul.

Paul Martin n’a pas répondu aux demandes d’entrevues de CBC et du Toronto Star. Un représentant de ses affaires a cependant indiqué qu’il n’était pas disposé à commenter, ayant quitté l’entreprise il y a plusieurs années.

Interrogé par Radio-Canada en marge d'un panel sur les défis canadiens en matière de politiques publiques, mardi, Paul Martin a cependant ajouté que CSL est « une compagnie multinationale dans l’industrie maritime, qui opère dans le monde ». « Tout le monde le sait. C’est tout public », a-t-il conclu.

L’ex-premier ministre s’était d’ailleurs déjà prononcé sur l’affaire dans son autobiographie Contre vents et marées, parue en 2008. Il avait alors expliqué qu’une compagnie de transport maritime internationale ne pouvait pas que battre pavillon canadien.

Avec les informations de Zach Dubinsky (CBC), Alex Boutilier (Toronto Star) et Maxime Bertrand

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