Retour

L'Atlantique inquiète devant la reprise de la guerre du bois d'oeuvre

La perspective d'une reprise de la guerre du bois d'oeuvre entre le Canada et les États-Unis soulève l'inquiétude en Atlantique. L'industrie américaine du bois d'oeuvre a confirmé, vendredi, le dépôt d'une requête pour concurrence déloyale contre l'industrie canadienne.

En déposant ce recours judiciaire, la coalition espère que les autorités américaines imposeront des tarifs douaniers sur les produits en provenance du Canada.

Même si le montant n'a pas encore été précisé, les analystes s'attendent à ce que Washington impose des droits de 25 % sur la valeur du bois canadien expédié aux États-Unis.

Préoccupations en Atlantique

Ce nouveau conflit qui se dessine avec les États-Unis suscite des craintes au Nouveau-Brunswick. La province exporte 75 % de son bois d'oeuvre en sol américain. Cela représente 4,4 % du produit intérieur brut de la province.

Jusqu'ici, les provinces de l'Atlantique ont toujours été exemptés de ces tarifs punitifs. Au Nouveau-Brunswick, il y a davantage de bois coupé sur des terres privées que sur les terres de la Couronne et le bois d'oeuvre a un prix plus équitable.

L'inquiétude règne néanmoins. « Nous sommes déçus du dépôt de la pétition, mais ce n'est pas une surprise », admet Mike Legere, directeur général de Forêt NB. L'organisation représente une quinzaine d'entreprises forestières, dont plusieurs produisent du bois d'oeuvre. « Ça ouvre une période d'incertitude pour nous, que dans l'avenir, des tarifs pourraient nous être imposés. »

Selon Mike Legere, l'industrie au Nouveau-Brunswick est en santé. Les entreprises paient des redevances forestières assez élevées, précise-t-il, un fait qui a été reconnu par le département du Commerce américain par le passé. « Nous espérons que notre exemption sera maintenue », souligne M. Legere.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick prend la situation très au sérieux, affirme le ministre responsable du Conseil du Trésor et de l'expansion du commerce, Roger Melanson. Le dialogue se poursuit explique-t-il, mais il estime qu'il faudra éventuellement arriver à une solution.

L'industrie américaine doit reconnaître qu'en Atlantique, nous avons toujours été exclus [de l'entente] pour des raisons légitimes. Nous demandons que ça continue.

Roger Melanson, ministre responsable du Conseil du Trésor et de l'expansion du commerce

L'inquiétude règne aussi en Nouvelle-Écosse, concède Ed MacDonell de Conform Ltd, un regroupement de 220 propriétaires de lots boisés. « J'espérais que le gouvernement libéral tenterait d'arracher une entente avant l'arrivée du gouvernement Trump au pouvoir », confie-t-il. « Il faut mettre tout l'effort possible à négocier un nouvel accord, dès que possible. »

Dans une déclaration, le regroupement des producteurs de bois de l'Atlantique (ALP) réclame lui aussi le maintien de l'« exclusion des Maritimes ».

Les doléances de l'industrie américaine

La coalition américaine du bois d'oeuvre soutient que les gouvernements provinciaux fournissent aux producteurs des arbres sur pied inférieurs à la valeur marchande. Dans sa requête, le lobby américain avance que l'industrie canadienne a également droit à « de nombreuses autres subventions » et vend son bois d'oeuvre à des prix « inférieurs à sa juste valeur aux États-Unis. »

La coalition allègue aussi que le faible prix du bois d'oeuvre canadien a occasionné des pertes de revenus et entraîné des fermetures d'usines et des pertes d'emplois aux États-Unis.

C'est la cinquième fois qu'un différend éclate entre Canadiens et Américains sur le bois de construction depuis le début des années 1980. Le dernier accord de dix ans a été en vigueur de 2006 à 2015. La période de grâce d'un an après l'échéance de l'accord n'a pas permis de conclure une nouvelle entente.

Le bureau de la ministre fédérale du Commerce international, Chrystia Freeland, a déclaré jeudi que le Canada « défendra avec vigueur les intérêts des travailleurs et des producteurs canadiens ».

Avec les informations de Nicolas Steinbach et de la Presse canadienne