Le sixième cycle de pourparlers de l'ALENA se déroule cette semaine à Montréal, alors que le président américain, Donald Trump, souffle le chaud et le froid en envoyant des tweets contradictoires, le dernier à ce sujet laissant entendre que les États-Unis mettraient carrément un terme à l'accord.

Le Canada et le Mexique estiment pour leur part que les États-Unis sont trop exigeants dans leurs demandes. Washington demande notamment l’abolition du système de gestion de l’offre dans le secteur agroalimentaire au Canada et une augmentation du contenu américain dans le secteur automobile. Il réclame aussi l’abolition de l’article 19, le mécanisme actuel de règlement des différends.

À Montréal, le négociateur en chef du Québec, Raymond Bachand, a commenté l’état de la situation. « On ne va pas déstructurer l’économie canadienne parce que le président Trump s’est levé en décidant qu’il voulait prendre des pans de mur de notre économie au niveau agricole, au niveau de tout le commerce de détail, au niveau du textile et du vêtement. À un moment donné, on peut dire non, et le Canada est assez fort pour dire non », a-t-il déclaré.

En entrevue lundi à l'émission Midi info, le ministre du Commerce international, François-Philippe Champagne, a convenu des difficultés des négociations en les replaçant dans un lointain contexte historique, celui du gouvernement conservateur de Brian Mulroney, dans les années 80.

« Ce qui est difficile en ce moment, ce ne sont pas les enjeux progressistes qu’on a mis de l’avant, que ce soit au niveau de l’environnement, du droit des travailleurs. Ce sont les mêmes enjeux que M. Mulroney avait à la dernière heure, dans la dernière ronde de négociations. C’est-à-dire le chapitre 19, le règlement des différends, ce sont les clauses crépusculaires, mais ça, on le savait déjà. »

« On est prêt à toutes les éventualités », a par ailleurs ajouté le ministre lorsque l’animateur lui a fait part des rumeurs voulant que le président Trump profite du discours sur l’état de l’Union, la semaine prochaine, pour annoncer le retrait des États-Unis de l’accord.

À Davos, en Suisse, des participants au Forum économique mondial se font aussi entendre. Le directeur des affaires publiques de la Chambre de commerce du Canada, Guillaume Dubreuil, souhaite que le premier ministre Justin Tudeau saisisse l'occasion pour faire avancer le dossier. « Même si on se retrouve en Europe, même si on est à 6000 kilomètres, la communauté d'affaires s'attend à ce que M. Trudeau défende l’ALENA, défende le commerce avec les États-Unis et soit capable de mettre ça à l'avant-plan », plaide-t-il.

Des chambres de commerce du Canada, des États-Unis et du Mexique, ont marqué le coup lundi à Montréal en signant une déclaration commune dans laquelle elles « exhortent leurs gouvernements respectifs à parvenir à un accord pour une mise à jour de l’ALENA et à le maintenir dans le but d’assurer la future réussite économique des trois nations. »

Parmi les 25 signataires, on retrouve, au Canada, les Chambres de commerce de Montréal, Toronto, Calgary, aux États-Unis celles de Los Angeles, Dallas, Détroit, et au Mexique, celles de Mexico City, Querétaro et Tijuana.

Les analystes estiment que les prochaines élections au Mexique et les élections de mi-mandat aux États-Unis pourraient aussi jouer un rôle clé dans l’avenir de l'accord.

Toujours en entrevue à ICI Radio-Canada Première, le ministre du Commerce international a souligné que l'ALENA « n’est pas une relation d’acheteur à vendeur, on fait des choses ensemble ». M. Champagne a rappelé que l’ALENA représentait « 2,4 milliards de biens et services échangés chaque jour, 400 000 personnes [traversant] la frontière. On achète plus des Américains que de la Chine, de l’Angleterre et du Japon combinés. »